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Blog de Katherine Pancol

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J'ai fini, j'ai fini, j'ai fini !

Hier...
J'ai envoyé le manuscrit par mail à l'éditeur.
750 pages.
Préparez vos biceps, vos triceps, vos quadriceps, des oreillers pour poser vos coudes si vous lisez au lit...

Vous auriez du me voir à la fin : j'écrivais au millieu d'un océan de livres, de documentation, de dictionnaires, de bananes, de pommes, de tablettes de chocolat noir, de notes sctochées sur le mur, de bouteilles d'eau, de théières de thé, la radio en sourdine (TSF jazz ou Radio classique selon l'humeur), de bonnes grosses chaussettes aux pieds, le cheveu gras, le museau mal lavé, et au milieu de tout ça, le chien Chaussette qui ne savait pas où poser son museau et choisissait le dictionnaire le plus gros pour caler sa truffe !
Ah ! Ce n'est pas sexy un écrivain qui écrit !

18 mois que je ne fais que ça !
Que je ne mets pas le nez dehors ou exceptionnellement...Quand il s'agit des enfants ou d'une obligation vraiment obligatoire ! Et chaque fois d'ailleurs, je partais soit avec l'ordinateur soit avec mes petits cahiers noirs sur lesquels je prends des notes. Je ne coupais JAMAIS le fil ! Tout me servait et tout alimentait les notes sur mes cahiers...
J'étais bien dans mon histoire. C'était bon, douillet, même quand je me grattais la tête pour chercher un mot, une tournure, un déhanchement d'action, un retournement à agencer...

Et c'est fini ! Et qu'est ce que je vais faire maintenant ?
J'ai hissé les dernières poutres et regarde mon ouvrage fini, le derrière dans l'herbe. Heureuse et triste que ce soit fini.
Je connais cet état post-livre. C'est terrible, je sais que je vais être triste, triste...
Que je vais avoir envie de reprendre le texte, de le triturer, changer un mot, couper une phrase, ça va me démanger et je le ferai... Jusqu'à ce qu'on me dise "STOP ! Ça part à l'imprimerie..."
Après, il y aura tout le reste : trouver une couverture, écrire la quatrième de couverture (le petit texte au dos du livre qui donne envie ou pas d'acheter...Très important, on peut y passer des semaines !), tester le titre (je l'ai en tête mais ne le dis pas encore...je le rumine !)... Bref, tous les "à côté" qui occupent, mais pas comme la fréquentation des personnages qui remplit de joie et d'émotion...

Je vais tourner en rond et tourner en rond...
Avant de renifler l'odeur du gros livre neuf qui sort de l'imprimerie, qui arrive sur ma table et que je regarde, attendrie !

Voilà...

Ah si... Je voulais vous redire que les caprices du mail continuent ! Qu'il y en a encore qui me reviennent avec "adresse inconnue" et que j'essaie en vain de renvoyer ! J'essaie et j'essaie et je renonce !
Je pense à Jules, 17 ans, qui m'a envoyé un mail trop mignon auquel j'ai essayé de répondre sans réussir !
Désolée, Jules, ce n'est pas ma faute à moi...
Merci à tous ceux qui m'écrivent. Vos courriels me remplissent de joie et me filent la pêche. Ils me tiennent compagnie et chaud au coeur. C'est un peu cucul la praline de dire ça mais bon... C'est vrai !

Je n'ai rien à raconter...

Et c'est pour cela que je me tais.
Je me souviens, un jour, d'un conseil donné par un journaliste radio américain à des journalistes radio français : "SI VOUS N'AVEZ RIEN À DIRE, NE LE DÎTES PAS".
Cette phrase m'est resté gravée dans la tête.

Il y a des phrases comme ça...
On ne sait pas pourquoi. On les lit une fois, deux fois et on se les imprime. Ce peut être des rengaines d'enfants ou des mots d'esprit. Il y en a des milliers qui circulent dans l'air et une petite vingtaine qui se dépose dans notre mémoire et y reste !

Comme :
"Jamais on n'aura vu, jamais on ne verra, la famille tortue courir après les rats...Le papa Tortue et la maman Tortue et les enfants Tortue iront toujours au pas !"
Si jeune et déjà ponais...
"Jaune comme le rire d'un ami devant votre succès" ( Balzac ). Celle-là, je l'adore. je m'endors avec elle comme avec mon Doudou quand j'étais petite.
"J'ai revu un ami, l'autre jour. Il avait tellement changé qu'il ne m'a pas reconnu." Tristan Bernard
"Voyons si DIeu n'existait pas, comment aurait Il un fils ?"
"J'ai décidé d'être heureux parce que c'est bon pour la santé" Voltaire.
Cette phrase, je l'ai écrite au feutre sur le mur de ma chambre !
"Est-il vrai que les gens maigres ont de l'esprit ? demandait un raseur à Marguerite Moreno. - Oui, mon gros !
Là, je m'esclaffe toute seule pendant une heure !

D'ailleurs, j'ai des amis qui m'envoient des phrases comme cadeaux.
Et des lecteurs et lectrices qui m'en envoient aussi...
Des mots que je mâchonne ensuite avec délice !

Donc ma vie est si monotone que vous allez vous endormir si je vous la narre ! Ah si ! Grande nouvelle : il y a moins d'embouteillages (les aoûtiens sont ENFIN partis !) et je mets moins de temps à faire le chauffeur.
Sinon je titube de fatigue et essaie de mener à bout la fin de mon roman...

Le chien Chaussette s'ennuie ferme. D'habitude, il passe juillet et août dans les rochers normands. Là, il fait la carpette à Paris. Du coup, il devient acariâtre, refuse de manger sa pâtée si je ne la fais pas réchauffer au bain marie, fait pipi dans la rue tous les deux mètres et demi (avant, c'était tous les dix mètres !), renâcle à monter à l'arrière de la voiture (il faut le porter) et s'installe alors de préférence sur le frein à main...
Il boude. Et je le comprends. L'air frais et salé de la Manche lui manque autant qu'à moi qui étouffe dans les pots d'échappement...

Mais bon...La fin du mois est en vue ! Terre ! Terre !
Et si ça se trouve, j'aurai fini le manuscrit et j'irai faire la fête partout, partout !
et alors... j'aurai plein de choses à vous raconter et vous vous esbaubirez en me lisant. Parce que, pour le moment, vous devez trouver ma vie platouillette !
Sorry...
Comme disait Arthur Koestler : "C'est décevant un écrivain : c'est comme si, après avoir mangé le foie gras, on rencontrait l'oie en personne"...

Deux neurones dans les embouteillages...

Alors là, en ce moment...
Je suis une survivante !
Je fais chauffeur le matin et chauffeur le soir.
Ou si vous préférez, héroïne le matin et héroïne le soir !
Pour conduire mon fils à Perpète-les-Oies où il suit les cours d'une impitoyable prépa qui le conduira, peut-être sur le sentier de la gloire (ultime concours, ultimes papiers à remplir, ultime trac !).

Soit je résume : une heure à l'aller le matin + une heure et demie pour revenir et une heure à l'aller l'après-midi plus une heure au retour. L'après-midi, comme vous l'avez sûrement remarqué si vous avez votre bac S, il y a une demi-heure de réduction sur le retour. Une petite prime pour m'encourager !
C'est gentil.
Le tout pare-choc contre pare-choc en faisant stéréo avec la radio du voisin.
Et je croyais qu'ils étaient en vacances, les Parisiens !
Non ! Ils sont sur le périf et dans la banlieue où je vais.
Agglutinés.
Je résume (pour ceux qui somnolent déjà devant le manque de pétillance de mes propos) : quatre heures et demie de voiturage par jour !

Parce que de là où nous habitons jusque là où il va se recueillir studieusement chaque jour (samedi compris), les transports en commun n'y vont pas ! Ou pas vraiment. Ils hésitent mais finalement, non.
Donc lever à six heures et demie le matin, embouteillages à perte de vue et le dos en forme de siège de voiture !

Vous vous en moquez totalement et vous avez bien raison : vous êtes en bord de mer, les vagues lèchent vos doigts de pied, la vie est belle sous le parasol, sur le matelas, à 5 mètres du bar de la plage et du barman qui vous fait un signe et vous demande si le Campari, c'est avec glaçons ou sans !
(Moi, j'aime avec glaçons et beaucoup de jus d'orange !)

Et quand j'ai ôté ma casquette de Super Chauffeur, je fais quoi ?
Je mets mes lunettes d'Hemingway et je fais écrivain ! En me bourrant de café.
Et le soir ?
Je fais Mamie qui roule dans son lit, épuisée, et cherche le bout de drap frais pour fuir la canicule.
Vous vous en moquez toujours et vous avez encore raison.
Ce que je vous raconte n'a aucun intérêt, j'ai deux neurones dans la tête et il faut que je la penche pour qu'ils se connectent ! TOUTE mon énergie, je la réserve à mon nouveau métier de chauffeur et au livre.

Pour le reste, c'est tout juste si je me souviens à quel étage j'habite et si les pâtes, on les fait cuire dans une poêle avec de l'huile ou dans l'eau bouillante !
Parfois, j'hésite et ça fait de drôles de choses cramées, qui craquent sous la dent.
Alors j'ouvre un livre de cuisine et cherche la recette des pâtes à l'eau.

Voilà. Ne m'en veuillez pas si je ne suis pas brillante.
Si vous ronflez d'ennui...
C'est ma casquette de chauffeur qui me serre un peu la tête !

Un rendez-vous sur les ondes !

J'ai oublié de vous dire : mardi 24 juillet de 20 heures à 21 heures, je fais une émission sur France Inter.
Si vous voulez tendre l'oreille...

Semana horribila !

Semana horribila ! Résultats d'examinas et de concouras pour les candidats ! Et nerfs à couper au coutelas de la mama qui se malaxe les nerfs pas sympathicas du tout ! Je suis un peu gaga, remercie les dieux Incas et multiplie les B.A ! MON FILS EST PRIS PARTOUT ! Ouf ! je redeviens normale et oublie les ah ! ah ! ah !

Mais que d'angoisses avant d'en arriver là ! C'est terrible, cette période de résultats d'examens. On guette Internet, on tripote le courrier, on arrête de respirer, on fait le film à l'endroit, à l'envers, il est pris, il est pas pris, il va là ou ailleurs, je le console, je le félicite, je masque ma triste mine ou je m'esbaubis.

Je trouve ça hallucinant ! On n'est plus des parents, on est des guerriers ! Les plus armés, les plus roués, les plus impitoyables l'emportent. C'est une lutte au couteau chez les géniteurs (qui accumulent les bons tuyaux en ne les communiquant à PERSONNE) et chez les candidats qui s'épient et se jaugent en remplissant leurs copies. Mon fils (plutôt cool Raoul et prêt à partager ses bons tuyaux !) me racontait que, dans les salles d'examen, chacun se surveille, joue le "je sais tout", adopte des mines de gladiateur heureux juste pour déstabiliser les autres. Certains parents accompagnent leurs rejetons jusque dans les salles d'examens et les attendent, agglutinés à la porte avec boissons vitaminées et serviettes-éponges.

Le système devient absurde. C'est la ruée vers les bonnes prépas, les bonnes écoles, les bons établissements. Le mot d'ordre chuchoté, jamais prononcé, étant : tout sauf la fac ! Mais personne ne le dit. On prétend même le contraire. Mais oui, ma bonne dame, il y a des cursus formidables à l'université. Oui, mais comme par hasard Balthazar, ceux-là sont faits avec sélection à l'entrée. Sélection, l'horrible mot. Le mot qu'on ne doit pas prononcer. Résultat : les facs délivrent des diplômes pas considérés par les entreprises, ce qui explique le nombre de jeunes au chômage avec Bac+6,7,8 ! Si vous voulez avoir un bon diplôme avec boulot à la sortie, vous devez viser haut. Dans les écoles dites "grandes". Où l'on rame comme un galérien galeux pour entrer !

Et là encore, c'est la jungle. Quels sont les bonnes prépas, les bons IEP, les bonnes écoles de commerce, les bonnes écoles d'ingénieurs ? Pourquoi cet IEP de province est bon et l'autre pas ? Mystère et boule de gomme. Il y a des classements qu'on se refile sous le manteau. Il y a surtout très peu de places.

Et je ne parle pas de Normale Sup ou de l'agrégation. Là on les compte sur les doigts de deux mains, les heureux reçus ! Sur des milliers de candidats qui se présentent.

Et qu'est ce qu'il faut faire pour que l'enfant soit prêt ? Payer des cours particuliers, engager quelqu'un qui va monter des dossiers administratifs (la jungle !), acheter des tonnes de livres, se tenir au courant de tout, etc. C'est un boulot à plein temps. Il y a des mères qui ne font que ça. Ont des fiches, des classeurs, des numéros de répétiteurs qu'elles gardent jalousement.
Hypocrisie d'un système qui se dit démocratique et ouvert à tous et qui privilégie soit les enfants favorisés soit les enfants de profs (les parents sont au parfum !).

Alors, OK, mon fils est pris, partout. Mais je suis en colère pour tous les autres. Tous ceux qui n'ont pas la chance d'être préparés aux petits oignons.
Bien sûr, il y a des exceptions. Comme partout. Et heureusement ! Mais si peu, comparées au nombre d'étudiants qui se pressent dans les salles d'examens.

Bon, c'était mon coup de colère, mais il faut dire que cela fait un moment que ça me turlupine, cette histoire ! Alors quand j'entends qu'on va plus ou moins continuer à ignorer le problème, à considérer le mot "sélection" comme un gros mot et à perpétuer ce leurre imbécile de tous égaux, tous capables, tous brillants, je me dis que nos "petits" ne sont pas sortis de l'auberge !

Pas étonnant que l'on trouve tant de Français dans les facs étrangères. Où il y a examens et sélection. Où, in fine, les diplômes veulent dire quelque chose...

Sinon...
Je me calme, je prends un grand bol d'air et j'avoue...
Pas grand-chose !
J'ai fini la quatrième partie du livre et attaque la cinquième (et dernière).
Encore un bon mois de sueur sur l'ordinateur et je pourrais écrire le mot FIN.
Et tout reprendre ! Pour couper et couper. Et enfin, délivrer le manuscrit à l'éditeur qui doit se demander si je ne me tricote pas de grands pulls en mohair au lieu de travailler !

À vous tous qui partez vous allonger, enduits d'huile solaire, sur les plages, ou crapahuter en pataugas dans les alpages, je souhaite de bonnes vacances et vous donnerai des nouvelles de la ville sous la canicule ou sous la pluie !