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Blog de Katherine Pancol

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Truman et Tennessee !

Je reviens de Londres.
Encore ! me direz-vous. Et vous aurez raison : je passe mon temps à Londres. Pour ma fille et pour les besoins du livre. J'engraisse mes personnages et je prépare l'année prochaine de ma fille.

Trois heures de train et on est ailleurs. Complètement ailleurs. On prend un grand bol d'air.
Et de joie de vivre. Plus j'y vais, plus ça me saute aux yeux : les gens sont gais là-bas. Gentils, coooools, ils frétillent dans les rues.

Il y a beaucoup, beaucoup de Français. Plein de jeunes. Dans les bars, les restaurants, les magasins. Je leur pose mille questions et tous, ils me répondent que la vie est géniale, à Londres. Qu'on trouve des boulots très facilement, bien payés, qu'on peut parallèlement suivre des études, aller au théâtre, au concert, sortir et surtout, surtout, qu'on leur donne envie de faire des choses !
Michael de Lyon m'a dit "en France, on vous met des boulets aux pieds et on vous dit "cours", ici, on vous met des ailes aux pieds et on vous aide à voler le plus haut possible".
Quand ma fille a voulu rencontrer un prof d'université, elle a téléphoné, a dit " Bonjour ! Je suis à Londres, est ce que je peux passer vous voir ?" et? elle a eu un rendez-vous dans l'heure ! Vous imaginez ça en France ? IMPOSSIBLE !
Le prof lui a fait visiter l'université, lui a expliqué comment se passaient les cours, etc..
I was scotched !

Dire qu'il y a dix-quinze ans, Londres était la ville la plus sinistre du monde. Morose, grise. Que s'est-il passé pour que ça swingue again ?

Comme disait un journaliste ce matin à la radio : les jeunes Français partent travailler en Angleterre, les vieux Anglais viennent se retirer en France.

D'ailleurs, dans le train du retour, il y avait un groupe de vieux Anglais qui venaient passer des vacances en France et s'entraînaient à parler français. Ils étaient trop mignons. Ils s'exclamaient devant tout en articulant "Bonjour madame, Bonjour Monsieur, Au revoir, Merci bôcou ! Où sont la toilette ?". Il y avait, comme toujours dans les groupes, la bêcheuse qui expliquait que le français, ça ne se parle pas, ça se module !, et le grognon déprimé qui avait pris du Valium et buvait parce qu'il avait peur du tunnel ! Et quand on est sorti du tunnel, qu'ils ont aperçu la campagne française, ils ont écarquillé les yeux et se sont écriés "Même les vaches sont plus belles ici !"

Le mardi soir : théâtre. "La ménagerie de verre" de Tennessee Williams. Avec Jessica Lange dans le rôle de la mère dévorante et ancienne belle du Sud. Très belle pièce autobiographique. La première écrite par Tennessee Williams et produite sur Broadway en 1945 ( j'ai bien retenu le programme !). Jessica Lange (ancienne bombe sexuelle des années 80 !) est formidable en mère étouffante, vieillissante et nostalgique de sa beauté et de ses prétendants. Les autres acteurs sont magnifiques, tremblants d'émotion. Le spectacle dure 2 heures 40; on a l'impression qu'il dure 1 heure !
À propos, vous avez lu "Le Masseur Noir" de Tennessee Williams ? C'est une nouvelle torride et terrifiante. Je ne m'en lasse pas. Je la lis et la relis régulièrement.

Dans le train (à part espionner mon groupe d'Anglais vieillissants !), je lisais un roman, un petit bijou de Truman Capote "La traversée de l'été". Si vous ne l'avez pas lu, courez l'acheter. Chef d'½uvre total ! Chaque phrase est à déguster ! Et dire qu'il l'a écrit à l'âge de 20 ans !

Et voili ! C'est tout pour aujourd'hui !

Encore un détail !

Juste un détail ! Encore un !
Quand je vous écris, je fais attention à la ponctuation, à l'orthographe, à la syntaxe, à la grammaire.
Et ne voilà t-il pas que la technique sournoise sème mon texte de points d'interrogation mal venus !
Je fulmine.
Exemple : quand je dis que je suis plus heureuse aujourd'hui qu'à trente ans, elle me rajoute un point d'interrogation à la fin de ma phrase alors que j'ai mis un point. Ce n'est pas une question que je pose, mais une affirmation !
Et elle se faufile et en sème partout dans le texte !
Va falloir que je règle ce problème !
Quand je vous disais qu'on fait trop confiance en ces machines !!!

Une bouteille à la mer !

Hé ! Hé !
J'avais envoyé un texte pour mon site -suivant les nouvelles instructions : j'écris comme je veux et quand je veux, j'appuie sur un bouton et Hop ! ça passe !- et il est resté coincé sur une plateforme pendant quatre jours. Comme dans une gare routière. Y avait plus d'aiguillages.
On avait "déménagé" mon site sans me le dire.

Alors je me prends à penser qu'on fait trop confiance à tous ces outils. Si ça se trouve, pendant ce temps-là, on m'a envoyé un mail très important et JE NE L'AI PAS REÇU.
Il est resté coincé sur une voie de garage.
Et je retombe dans l'angoisse délicieuse de la bouteille à la mer !

Ça me titille le cervelet, cette histoire. Imaginez : vous m'écrivez, vous vous ouvrez, vous vous confiez, vous écrivez quelque chose que vous n'avez jamais dit ou jamais formulé, vous prenez donc un risque, c'est une aventure et? Panne d'aiguillages ! Je ne le reçois pas et vous restez triste et mélancolique sur le quai de la gare. Vous ressentez encore plus fort votre solitude, votre angoisse, ou au contraire la déception de ne pas partager votre joie. Vous ne savez plus quoi penser, vous arpentez le quai? vous tournez les talons et sortez de la gare en marmonnant qu'on ne vous y reprendra plus !

Je me dis que cela doit arriver : qu'on envoie un mail que je ne reçois pas ou que j'envoie une réponse qui se perde dans les espaces infinis du mail service.
Panne d'aiguillage.

Depuis toujours, je suis sensible à ce problème de contretemps, de lettres pas reçues, de conversations mal interprétées, de rendez-vous manqués. Et le malentendu s'installe.
Et des vies bifurquent.
Je me dis qu'il a dû se passer quelque chose de semblable quand j'étais petite pour que ça me marque autant.
Pour que je fasse autant attention aux détails !
Je vais demander à ma mémoire d'aller faire une recherche.

Je suis une obsédée du détail.
J'ennuie tout le monde avec mon histoire de détails.
Je suis comme mon héroïne, Joséphine. Le détail fait souffrir ou le détail rend allègre. On se construit ou on s'effondre sur UN détail. Un détail peut donner de l'espoir, de l'amour ou ruiner un espoir, un amour.
Ou alors c'est que je suis trop sensible?
Comme Joséphine encore !
C'est fou ce qu'elle déteint sur moi. Et dire qu'au début, elle m'énervait, je la trouvais mièvre.

C'était très drôle quand j'étais à Londres : je prenais des renseignements pour Hortense (la fille de Joséphine dans le livre) et en même temps, je prenais des renseignements pour ma fille qui va vivre à Londres l'année prochaine. J'avais l'impression de m'occuper de deux filles : une réelle et l'autre fictive ! Parfois je ne savais plus où j'étais.

Cela arrive souvent.
Je navigue entre deux mondes. Avec comme boussole intérieure le rythme de la narration, l'empreinte de chaque personnage, ou les exclamations de mes vrais personnages quand je les oublie ou leur marche sur les pieds !

Aujourd'hui 6 mai 2007...

Aujourd'hui, 6 mai 2007.
Mon fils a 18 ans. Sacrée date ! Plus de petits dans mon giron, deux adultes de haute taille : 1m 98 et 18 ans, 1m78 et 19 ans et demi ! Et moi au milieu qui me tasse entre ces deux géants !

Car on vit toujours ensemble collé serré. Mais quand je hurle à mon géant qu'il doit ranger sa chambre, que j'en ai marre de trouver des assiettes, des tasses, des couverts, des bouts de saucisson, de bananes pourries sous son lit, des chemises en tapon, des chaussettes en boule et des vestes en accordéon, il faut que je mette le volume pour impressionner Sa Hauteur !

Il me semble que c'était hier que naissait cet escogriffe à la voix grave, au sourire enchanteur et aux bras comme ceux du Marsupilami ! Dieu que ça va vite !
Est ce que j'aurais envie de rembobiner le temps ?
Je ne crois pas.
J'aime bien le temps qui avance et qui vous change.
J'ai beaucoup, beaucoup appris avec mes enfants. Beaucoup appris avec le temps et je crois que je suis plus heureuse, plus libre aujourd'hui qu'à trente ans.



Aujourd'hui, 6 mai 2007.
Je suis dans mon jardin en Normandie et il vient juste d'y avoir une tempête de fleurs ! Pommier ? Cerisier ? Je ne sais pas, mais les fleurs étaient blanches et pleuvaient comme de la neige en décembre. Je suis arrivée hier, j'avais envie de voir la mer, et repars tout à l'heure pour souffler les bougies de l'anniversaire.

Avec le chien Chaussette, on est allé faire une grande balade à marée basse, sous les falaises et il gambadait de joie sur la plage. Il faisait des bonds sur place pour exprimer sa joie et avançait comme un kangourou. Il bondissait, venait se jeter contre moi, repartait, bondissait, revenait, il ne savait plus comment exprimer sa joie ! Il gémissait de plaisir.
Le temps était chaud, doux. La Normandie n'est plus ce qu'elle était et se met à ressembler furieusement à Saint Tropez.

Vous vous souvenez de mon dernier bla-bla-bla où je vous parlais des pannes de mail et des tout petits détails qui changent une vie ? Hé bien ! Une pièce de Nathalie Sarraute se donne en ce moment à la Comédie Française "Pour un oui, pour un non" qui parle exactement de ça ! Courez-y ! (si vous n'habitez pas trop loin !) Je l'ai déjà vue trois fois (pas à La Comédie Française, mais ailleurs !) C'est un régal !

J'ai reçu une dizaine de mails de lecteurs-lectrices me racontant qu'ils m'avaient écrit et que je n'avais pas répondu. JE RÉPONDS TOUJOURS. Et quand je ne réponds pas, c'est que je n'ai pas reçu ! Ou que mon ordinateur a mangé la commission (j'adore cette expression !).

Mais j'ai drôlement bien fait de parler de ces problèmes et du fait qu'on comptait trop sur la technique parce que j'ai éclairci ainsi de nombreux malentendus et j'adore ça : ECLAIRCIR des malentendus !

Aujourd'hui, 6 mai 2007?
Quoi d'autre ?

Le premier mai à Londres !

Good morning ! Good morning !
I'm in swinging London !

Il fait un temps magnifique et j'use mes semelles à arpenter la ville.

Il fallait que je revienne : j'ai trois personnages dans mon livre qui vivent à Londres. Donc prendre des notes, des photos, des adresses. Prendre le métro, le bus, aller dans les pubs, parler aux gens, aux vendeuses dans les magasins, prendre le pouls de la ville.
Le jour, la nuit. Renifler, se remplir, stocker, laisser macérer les détails engrangés.

Je marche le nez en l'air, je me faufile partout, j'écoute, je regarde, je me remplis de mille détails qui vont ressurgir quand j'en aurai besoin. Je les range soigneusement dans ma mémoire et la boîte s'ouvrira d'elle-même quand il le faudra !

J'habite chez un ami qui est écrivain. Anglais. Exquis. Il ressemble à un personnage de Somerset Maugham. Il habite à Notting Hill dans un bel appartement tout blanc. Il boit du vin blanc, porte des chemises blanches, des pantalons beiges, des tennis blancs. Parle d'une voix douce, appartient à un club (ah ! les clubs anglais !) où se retrouvent les gens de cinéma, de théâtre et de livres.
On écrit chacun dans son coin, je sors explorer la ville et le soir, on va faire le tour des pubs, des restaurants, des clubs de jazz. Et on parle littérature !

Hier, je lui ai offert "Jules et Jim" d'Henri-Pierre Roché (en anglais). Avant-hier, "Chéri" de Colette (en anglais). Avant avant hier "Le démon" d'Herbert Selby et aujourd'hui, je vais lui acheter les nouvelles de Saki.
Un régal, les nouvelles de Saki. So british?

Il me fait lire des poèmes, des nouvelles, bref on échange des titres de livre comme des fous affamés. J'ai souvent remarqué ça, quand je parle livres avec des passionnés, on devient vite enfiévrés. On prend des notes, on court acheter le livre en question ou on le commande sur Internet. Il se déclenche une fringale irrépressible !

Et je continue à écrire. Ou plutôt, je me suis mise à tout relire et à couper. J'adore couper, tailler, resserrer. Il le faut bien sinon cela va être un livre haltère !

Londres est devenue une ville formidable. Autant je n'aimais pas avant, autant, maintenant, je me régale chaque fois que je viens. Elle me fait penser à New York au temps où j'y habitais : une énergie folle, toutes les nationalités, toutes les langues, des chantiers à tous les coins de rue, des pièces de théâtre, des concerts, des expos. Ça donne le tournis. La ville vit à mille à l'heure. Paris semble une belle endormie à côté !
Et puis les gens sont si gentils, ici. C'est incroyable. Ils prennent leur temps, répondent à mes questions, ne s'énervent jamais. Pourquoi est-on aussi désagréables, nous, les Français ? Je me pose cette question très souvent ici. La vie est-elle plus dure en France ? Est notre particularité nationale d'être plus rugueux ?

Seul hic : la vie est chère. Très très très chère ! La moindre salade dans un resto : 6 pounds soit 10 euros. Ça fait cher le plaisir de ruminer de l'herbe ! Un café : 5 euros !

Je vais rentrer mercredi pour voir les deux fauves s'affronter à la télévision. Quelle dramaturgie ! Mais je reviendrai très vite.
Ici Tony Blair vit ses derniers jours de pouvoir. Mon copain écrivain le déteste à cause de la guerre en Irak. Le Prince Harry va combattre en Irak et les jeunes filles du royaume sont en émoi. Les journaux aussi. Mon Prince Préféré (Charles of course !) doit être inquiet. Je vais aller prendre le thé avec lui pour le rassurer.