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Blog de Katherine Pancol

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Extase en pantoufles !

Je peux vous le dire, je biche, je bubulle, je m'ébouriffe, je ronronne, je  grandécardise de plaisir  ! À peine sorti dans le commerce, "Les Yeux Jaunes des Crocodiles" est huitième au hit parade de Livres Hebdo poches ! Je suis contente, mais contente, contente !

Et je vous remercie. Je me plie en courbettes. Je vous envoie des baisers de ballerine essoufflée !

La suite avance… à pas de tortues, mais avance.

J'aborde la fin, le lent tricotage de la phase finale quand toutes les histoires infiltrées se défont et se doivent te tomber avec la grâce et la magie d'un plissé de Madame  Grès ! C'est du cousu main, du petit point, du pas droit à l'erreur…

Sinon…

Rien du tout. Morne plaine. Longues journées devant l'ordinateur. Avec entractes sur Roland-Garros à la télé. Et des longueurs de piscine quand j'ai trop mal au dos de rester bossue… Des litres de thé Lapsang-Souchong rapporté de Londres, des fraises, des cerises, des amandes, des figues aux heures où la fringale signale la fatigue. J'essaie d'éviter le chocolat pour ne pas finir le livre en babouchka !

Pas de cinéma, pas de livre de chevet, même plus de "Nouvelle Star". L'émission est devenue trop… prévisible, à mon goût. Que la vie d'écrivain est ennuyeuse et que Flaubert avait raison quand il râlait en robe de chambre dans sa retraite normande !

Alors, du fond de mes pantoufles, je vous envoie ce message et retourne… voir jouer Nadal et Djokovic !

Jean-Claude...

Quand j'ai appris qu'il était mort, je l'ai pas cru !
Pas lui ! Il était si vivant ! Mais c'était écrit en gros dans les journaux : Jean-Claude Brialy... Une longue maladie... Je sais, on va lui jeter des tonnes de roses maintenant qu'il n'est plus là, mais le truc, c'est que lui, il était vraiment un des derniers grands.

Drôle, mais drôle, érudit en cinéma, théâtre, généreux avec ses amis, fidèle, il faisait en sorte que les gens se rencontrent. Il organisait des déjeuners chez lui à la campagne où il invitait tout le monde : des jeunes et des vieux, des chanteurs et des acteurs, des calmes et des violents, des connus, des pas connus, le boulanger et le petit mitron...
Je l'avais rencontré au moment de la sortie de "Moi d'abord" en 1979 (oh la la ! rétroviseur !) et on avait passé un festival de Cannes ensemble dans la grande villa que louait Europe 1 sur les sommets de Cannes. Les retours de projection à deux heures du matin dans la cuisine de la villa avec Jean-Claude qui racontait son enfance, son colonel de père, Alain Delon, la femme dont il avait été fou au point de vouloir l'épouser, et puis les autres, tous les autres : Ava Gardner, Romy, Sacha Guitry... Il mimait tous les rôles, il imitait toutes les voix et il soignait la chute de chaque histoire !

On riait aux larmes, on se tordait sur les bancs de la table de la cuisine. C'était un conteur incroyable, il pouvait nous embarquer sur n'importe quoi !
Une autre fois (toujours à Cannes) Il avait réussi un jour (au pied du Palais du Festival) à faire croire à un régiment de CRS qui gardait le bâtiment qu'il allait s'envoler. Il disait" regardez-moi, regardez-moi, je vais léviter et hop ! disparaître dans les airs !" et il battait des bras le long de ses jambes et tous les gars de l'escadron attendaient qu'il décolle ! Il s'agitait, il s'agitait, disait mais que se passe t-il aujourd'hui ? Pourquoi ça ne démarre pas ? Et les CRS attendaient, attendaient, les yeux à moitié sur lui, à moitié en l'air attendant la belle fusée Brialy !
Qu'est ce qu'on avait ri !
Brialy, ça rimait avec ri...
Avec tendresse...
C'était un pont avec le passé. Avec lui, on rencontrait des belles anciennes actrices, des belles anciennes chanteuses, des belles anciennes tout !
Je me souviens d'un dîner assise à côté de Danielle Darrieux... Je lui récitais "Madame de" et elle s'en moquait complètement ! Elle préférait parler de la vie, du marché, de l'homme de sa vie !
Il partageait, Jean-Claude, il ne gardait pas ses copains et ses copines pour lui. Il partageait tout.
Il suffit de lire son livre "Le ruisseau des singes" pour se régaler encore. C'est ça qui est bien... Il a eu le temps d'écrire le récit de sa vie.
Au revoir, Jean-Claude...

Merci Romain !

Alors il m'est arrivé un truc !
Dans ma petite vie tranquille, un truc énorme !
Parce qu'à part mes escapades à Londres, je vis vissée à mon ordinateur et ne mets pas le nez dehors !
Donc... Je suis sortie de chez moi.

J'ai participé à l'émission d'Ardisson "93 rue du Faubourg saint-honoré" sur Paris Première. C'est Frédéric Mitterrand qui recevait. Frédéric, je le connais depuis longtemps, longtemps. On s'est connu dans un restaurant végétarien, Veggie, rue de Verneuil. On mâchait du riz complet en buvant du thé et en refaisant le monde. Il avait déjà son cinéma, L'entrepôt, dans le 14 ème et déjà beaucoup d'enthousiasme, de culture et de générosité. Depuis on ne s'est jamais perdu de vue. On se suit, on se fait des clins d'½il, on a failli travailler ensemble à la télé. On s'aime de loin, mais on s'aime.

C'est bizarre, le principe d'Ardisson. Ça se passe chez lui, dans son appartement, donc on oublie très vite la présence des caméras. On est en bonne compagnie, on mange délicieusement bien, on boit délicieusement bien et on papote, on papote sous l'½il d'Ardisson qui organise la conversation sans qu'on s'en aperçoive vraiment. D'ailleurs je me demande comment il fait quand il est invité chez quelqu'un : est ce qu'il se met à piloter les conversations, devenant une sorte de maîtresse de maison bis, reléguant la vraie sur un tabouret ? Ce doit être une habitude chez lui. Il a aussi cet automatisme des gens qui interviewent beaucoup : son regard vous balaie, reste le temps d'arracher un secret, une confidence, puis repart balayer quelqu'un d'autre, vous laissant dévalisé. J'ai souvent remarqué ça chez les gens qui voient beaucoup de monde et parlent beaucoup. Ils glanent, se remplissent, vous donnent l'impression d'être hyper important puis glissent sur le sillon d'à côté et recommencent à butiner.

Il y avait donc Boutros Boutros-Ghali (secrétaire général de l'Onu de 1992 à 1996), Hervé Bourges (ancien président de TF1 et Monsieur Afrique), Jean Gabriel Mitterrand, frère de Frédéric et grand galeriste, Inès de la Fressange (toujours aussi sublime et élégantissime même en veste de garçon et caleçon noir), Bettina Graziani (qui fut un grand grand mannequin et qui est toujours très très belle), Catherine Jacob (toujours aussi drôle et pince sans rire) et moi. Ah si ! Il y avait une ravissante actrice, Delphine, mais elle n'a pas dit un mot du dîner et j'ai oublié son nom de famille. Je n'ai retenu d'elle que deux grands yeux bleus liquides, une frange à la Louise Brooks, une peau de porcelaine rose et un sourire de collier de perles. Et l'art de rester silencieuse sans paraître stupide !

Bon alors?
Comme dans tous ces dîners, ce sont d'abord les hommes qui parlent. Les hommes qui ont vécu, qui connaissent le monde et qu'on écoute sans moufter. La palme est revenue de droit à Boutros Boutros-Ghali qui a rappelé les grandes causes pour lesquelles il s'était battu toute sa vie et combien tout ça avait peu avancé en 50 ans ! On était là à manger du caviar et il nous parlait du Darfour, d'Israël, du Liban. Un peu gênant, mais bon? Ensuite, il y a eu le discours de Monsieur Hervé Bourges. On écoutait aussi religieusement : l'Afrique, le destin de l'Algérie, le rôle de la France. On était passé au foie gras : succulent. Ces gens-là, quand ils parlent, on la boucle. Ils parlent en analysant le présent, en regardant l'avenir, en convoquant le passé et leurs yeux transparents glissent sur les convives qui osent à peine mastiquer.

De temps en temps Ardisson disait " Et toi, Inès ?" "Et toi, Katherine ?" "Et toi, Catherine ?" "Et vous, Bettina ?" "Et toi, Delphine ?" Et nous, dociles, on lâchait une petite phrase pour que les deux grandes Eminences puissent se reposer, avaler une bouchée et reprendre leurs discours. On faisait entracte. C'est normal : ça se passe toujours comme ça dans les dîners. Les hommes parlent, les femmes sont là pour lâcher des bouffées de frivolité. Je connais : fut un temps où, mariée, je hantais ces soirées tel un fantôme trébuchant sur des hauts talons et m'entraînant à la boucler. Je pouvais faire tâche. Et d'ailleurs je finissais toujours par faire tâche sinon je m'endormais dans mon assiette !
Donc c'était normal. J'attrapais bien de temps en temps l'½il de Frédéric qui clignait mais ne mouftait pas, tassé sur sa chaise. Comme un petit garçon en bout de table. C'est ça que j'aime chez lui : il sera toujours un petit garçon en bout de table ! Bien élevé, mais espiègle qui s'échappe par des soupirs et des regards et se fait des films pendant que les autres corrigent le monde.

Seulement, à un moment, Ardisson a dû s'ennuyer aussi. Il a alors glissé sur le terrain personnel et on s'est tous mis (sauf les deux Eminences, of course !) à parler de nos enfances, de nos parents, des blessures de l'enfance qui font que l'on devient des adultes entamés et parfois furieux. Ce fut le moment le plus intéressant du dîner.Il n'y a pas d'enfance heureuse, c'est connu. Il n'y a pas de parents parfaits, c'est sûr. On a tous deux assassins adorables au-dessus de nos berceaux. Et on sentit soudain que chaque convive frémissait. Et on comprenait alors comment se faisait le monde et le destin du monde. On avait lâché les grands coutelas, on était passé aux canifs. On pensait à ces destins que racontait si bien Frédéric dans sa série pour la télé : les Aigles foudroyés. Ses textes magnifiques où il liait de façon subtile le destin du monde et les blessures originelles. Les petits enfants blessés reprenaient la parole et redressaient la tête.
Le moment poignant fut lorsque Frédéric et Jean Gabriel Mitterrand racontèrent leur relation avec leur oncle, François, qui ne supportait pas la concurrence des mâles et se faisait un point d'honneur d'ignorer tout ce qui portait culotte dans sa famille pour reporter toute son attention sur les femmes et...Mazarine. On comprenait plein de choses soudain et le petit éclairage intime éclairait la grande Histoire.

À la fin du dîner, on demanda à Boutros Boutros-Ghali ce qu'il avait pensé de la conversation et là, le grand homme nous morigéna : si les agapes avaient bien commencé en restant à la hauteur des grands problèmes du monde, tout avait, hélas !, vite dérapé dès qu'on était entré dans le domaine secret des confidences. C'était bien là, le nombrilisme inconscient et stérile de l'Occident. On est assis sur un volcan et on parle de nos petits moi. Pouah !

Et tout le monde de se battre la coulpe, de regretter ce déplorable laisser-aller, d'accuser les psys qui manipulent nos âmes etc, etc... Et Hervé Bourges de renchérir. Et nous, pauvres humains frivoles de piquer du nez dans nos délicieux desserts qu'on n'osait plus toucher.
Un ange passa, sévère, et nous montra du doigt.
Au piquet !

C'est alors que la moutarde m'est montée au nez (mais les caméras étaient déjà rangées !). J'ai pris une grande respiration et j'ai dit à Boutros Boutros-Ghali qu'il avait été méprisant envers nous. Comment ça ? s'est-il écrié, stupéfait. Moi ? Méprisant ? Oui, vous, cher et grand monsieur ! Vous n'avez pas à nous faire la leçon ni à nous culpabiliser. On peut parler des drames du monde (et c'est très bien), mais on peut aussi parler de nos drames secrets sans se faire taper sur les doigts. Tout a le droit d'exister et d'ailleurs, tout a une incidence sur les grands problèmes du monde ! L'humain n'est pas qu'une idée qui flotte, l'humain a un c½ur, deux bras, deux jambes pour s'enfuir très vite quand il est blessé. Ça s'appelle la résilience et c'est drôlement intéressant. Et ça fait tourner le monde !

Il m'a regardée, stupéfait. M'a baisé la main pour se faire pardonner. Je crois que, sincèrement, il ne comprenait pas ce que je disais. Je crois que, sincèrement, il a vécu trop longtemps dans les grandes idées et ne sait plus écouter un infime battement de c½ur ou interpréter un regard qui fuit sur le côté.

Je ne sais pas ce qui restera de tout ça à l'écran. Car sur les cinq heures enregistrées, les trois quarts finiront dans la poubelle de l'ordinateur au montage, mais je sais ce qui s'est joué pendant ce dîner : l'éternel combat entre l'intime et le public, l'abstrait et le concret, les grandes idées qui se mettent d'autorité au premier rang et les sentiments qu'on regarde, dégoûté. Comme si tout cela n'était pas lié.

Et j'ai pensé alors à la phrase de Romain Gary : "C'est horrible de vivre une époque où au mot sentiment, on vous répond sentimentalisme. Il faudra bien pourtant qu'un jour vienne où l'affectivité sera reconnue comme le plus grand des sentiments et rejettera l'intellect dominateur."
Merci, Romain.

Accessoirement l'émission doit passer vers le 28 ou 29 mai, je ne suis pas sûre de la date !

Un sourire dans ma poche !

J'ai souri, l'autre jour parce qu'il y a eu un sondage fait par LCI qui demandait aux gens s'ils suivaient le Festival de Cannes et s'ils iraient voir les films présentés à Cannes. 90 % ont répondu que le Festival de Cannes ne les intéressait pas et qu'ils n'iraient pas voir les films. Quand on pense à tout le battage fait autour du Festival, toutes les émissions spéciales, les interviews exclusives ! On a l'impression que tout se passe dans une bulle et n'intéresse finalement qu'une bulle de gens. Toujours les mêmes d'ailleurs ! Il y a une consanguinité qui finit par lasser et qui explique, peut-être, pourquoi cela tourne en rond et lasse les gens qui ne sont pas dans la bulle.

Comme s'il y avait un monde tenu par des "faiseurs d'opinion" et un autre où s'agitent les vraies gens. Les uns parlent, décrètent, déclarent, se font applaudir, s'exhibent dans la lumière pendant que les autres vaquent à leurs occupations obscures mais bien plus réelles et façonnent le monde.
C'est ce qui m'a frappée pendant ces dernières élections : en écoutant les gens de La Bulle, je me disais que personne n'allait voter Sarkozy, c'était impensable, et puis il l'a remporté nettement. Ca m'a "interrogée". Je me suis dit que ces deux "mondes" cohabitaient mais qu'ils n'étaient pas peuplés par les mêmes humains.

Cela dit, j'irai voir les films de Cannes parce que je suis curieuse de ce nouveau cinéma en train d'émerger. Le cinéma roumain, je n'en avais jamais entendu parler. Et le discours de la réalisatrice japonaise, Naomi Kawase, qui a remporté le Grand Prix avec "La forêt de Mogari" m'a émue aux larmes. Ce qu'elle disait sur la mise en scène, c'est ce que je ressens quand j'écris. Rien que pour ses mots, j'ai envie de voir son film. Elle parlait d'émotions souterraines, indicibles, qui remontent à la surface et font un film. Elle les rendait réelles, tangibles.
Sinon, retour au travail de fourmi et à ma petite vie de recluse ! Le roman avance et tous les fils se dénouent. C'est la partie que je préfère parce que j'assiste, émue, émoustillée, à l'éclosion de tout ce que j'avais mis en place et qui, soudain, m'échappe. Je cavale derrière mes personnages, c'est eux qui décident, ils émergent, mus par leur propre logique et je n'ai plus rien à dire : juste les écouter et les suivre.

J'étais en train de finir d'écrire ces lignes quand le facteur m'a apporté un gros paquet : les premiers exemplaires des "Yeux jaunes des Crocodiles" en livre de poche. Le poche est un petit bijou. Il est beau, mais beau ! Il va être en librairie dès le mois de juin. Youpeeee !


Tennessee again !

Je reçois des mails de lecteurs me demandant comment ils peuvent se procurer la nouvelle de Tennessee Williams "Le masseur noir"...
Comme je suis une grosse paresseuse, je réponds en bloc :

Vous allez la trouver dans le recueil de nouvelles "Tennessee Williams. Toutes ses nouvelles" paru chez Robert Laffont avec une introduction de Gore Vidal.

Un gros livre rempli de trésors !

Le titre en anglais (de la nouvelle) est " Desire and the black masseur".

Et il y a cette phrase : "Ainsi il arrive qu'un homme découvre le désir par surprise et, une fois qu'il l'a découvert, son seul besoin est de s'y soumettre, de prendre ce qui vient sans poser de question : et c'est exactement pour cela qu'était fait Anthony Burns"...

Et je ne vous raconte pas la suite !