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Blog de Katherine Pancol

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Badaboum !

Alors voilà... c'est malin ! Je suis au fond de mon lit depuis trois jours avec 40° de fièvre. Une imitation parfaite de la crêpe molle et flasque et brûlante. Ajoutez les courbatures, les râles, les toux grasses et les toux sèches, les migraines, les délires, l'étau sur les tempes, l'étau sur les poumons et vous aurez une image exacte de moi, au lit, luttant contre les armées grippales !
Et moi qui pensais que ça n'existait que dans les statistiques, la grippe ! Que ça n'était là que pour jouer les Croquemitaines et nous remettre pieds et poings liés à notre pharmacien ! Je me disais même que ce n'était qu'une affaire publicitaire pour faire monter les ventes de vaccins à l'approche de l'hiver !
Je me gaussais, je me gaussais et je suis tombée !
Les bras en croix au champ d'honneur...
Trois jours que je n'arrive pas à relever la paupière ou alors de façon intermittente. Je clignote de l'½il. Mais dors la plupart du temps...
Le temps ? Il ne comporte ni heures ni minutes ni repas succulent ni rendez-vous affriolant, mais signale de manière monotone la prise d'antibiotiques ou d'aspirine. Il est morne et vaseux, le temps. Et j'attends... qu'il passe !
En tous les cas, j'ai appris un truc : la grippe, ça existe.
Et pas que dans les chiffres !

Ouplaboum !

Ouplaboum !
Je commence à faire les cent pas devant les librairies !
Ouplaboum !
J'ai mon c½ur qui fait de la cavalerie !
Ouplaboum !
Je compte les jours à rebours et heureusement que février est court !

J'attends "La valse lente des tortues"... et suis légèrement obsédée. Je n'ai plus de bouts de doigts à force de compter...

Le livre pourrait sortir fin février, a murmuré l'éditeur, "dernier office du mois", a t-il ajouté pour donner un air de sérieux à cette nouvelle qui m'affriande, me bouleverse, me renverse les quatre fers en l'air...
Que c'est long, l'attente !
Je voudrais déjà que vous l'ayez tous lu ...et qu'on en parle dans nos échanges de mails !

Sinon...
Sinon... à part battre le pavé devant les vitrines des libraires...
Je vais au théâtre. Beaucoup, beaucoup.
Mais bon... rien de grandiose à vous recommander...
Parce que le théâtre se doit d'être grandiose pour qu'on y pointe son nez. Aller au théâtre, c'est une aventure.
Il faut sortir de chez soi, prendre le bus, le métro, le RER, la voiture avec contravention, il fait frisquet, c'est encore l'hiver et c'est cher, les fauteuils sont étroits, le voisin ronfle, la voisine sent la gomina. Donc : grandiose obligatoire !

Je suis toujours en train de lire Somerset Maugham. Je suis allée prendre TOUS ses autres romans à la bibliothèque (pas ses nouvelles, les nouvelles, je les ai en français et en anglais et les lis amstramgrampiquedam le soir avant de m'endormir...)
Somerset, il est grandiose. Je l'avais lu, il y a longtemps, et je le redécouvre. Un enchantement. Les livres ne sont pas les mêmes selon l'époque où on les lit. Bizarre, bizarre...

Enfin, en cette période où on fête Simone de Beauvoir à tout bout de champ, je voudrais vous offrir une autre phrase d'elle en cadeau, une phrase à ruminer au bureau quand on vous ennuie avec des histoires de parking ou de bordereau : "je hais la bêtise : cette manière d’étouffer la vie, ses plaisirs, ses joies sous des préjugés, des routines, des faux-semblants, des consignes creuses. Pour me défendre contre elle, j’ai décidé de m’appuyer sur la conscience que j’ai de ma présence au monde ! »

Vive Simone !


La blanquette, le palais Brongniart, Françoise et moi !

Hier, c'était le krach en Bouse. Badaboum !
Et sur la radio économique BFM, toutes sortes de spécialistes analysaient, analysaient, prédisaient, supputaient, tournicotaient tels des derviches embourbés dans le sable qui ont perdu le Nord de leur boussole.
D'ailleurs, ils n'avaient pas l'air plus désolé que ça. Ils semblaient même assez joviaux...
Comme si ça ne les touchait pas.
Normal, ce sont des "spécialistes".
Les "spécialistes", ils ont souvent un avis sur tout, mais jamais les mains dans le cambouis.

Quand j'étais petite, mon grand-père était un fan de la Bourse. C'était un petit épargnant, pas un gros ventripotent, qui vivait suspendu aux hauts et aux bas des cotations. Les cours de la Bourse, c'était son oxygène, son jogging, sa petite gâterie de milieu de journée. Cela rythmait les déjeuners. Ma grand-mère virevoltait, légère et gaie, autour de mon grand-père qui réclamait le silence absolu dès que l'heure de la Bourse sonnait au poste massif qui trônait sur le faux buffet Henri IV !
Ça montait, ça descendait, Grand-père défaisait son col, menaçait de se faire hara-kiri, de tout vendre, de partir à l'étranger. Interdiction de parler, de murmurer, de bouger une fourchette pour racler un peu de sauce de la délicieuse blanquette de Grand-mère qui haussait les épaules en trouvant tout ça exagéré.
- C'est dangereux, la Bourse, disait Grand-père, renfrogné. Un jour, tu gagnes, un jour tu perds...
- Eh bien ! Tu n'as qu'à jouer un jour sur deux ! répondait Grand-mère en nous refilant en douce de sa blanquette délicieuse, la meilleure du monde.

C'était deux conceptions du monde. La blanquette contre le palais Brongniart. Grand-mère guillerette et gourmande contre Grand-père sans appétit et grognon. Parce qu'il était rarement content, Grand-père ! La Bourse ne lui rendait pas au centuple sa dévotion. Elle le tourmentait avec application comme une maîtresse capricieuse. Et il suait sous son joug.
Je me suis toujours méfiée de la Bourse depuis ...

Sinon...
Sinon...
Je me suis remise à écrire. J'amasse tel un écureuil les "divins" détails qui vont nourrir d'autres personnages, d'autres histoires. Je lis, je hume, je picore. Je lis la délicieuse biographie de Marie-Dominique Lelièvre sur Françoise Sagan, "À toute allure", un régal !
Un jour que j'avais fait une interview à la télé en compagnie de Françoise Sagan (elle présentait un roman, je présentais un roman), elle a proposé de me raccompagner chez moi, après l'émission. Je suis montée dans sa voiture dont le sol était couvert de contraventions impayées. J'ai hésité à poser les pieds dessus. Elle a regardé le tas de feuilles volantes qui la rappelaient à l'ordre et a haussé les épaules.
- C'est pour payer ce genre de trucs que j'écris maintenant, elle a dit, désabusée.
Et j'ai été infiniment triste. C'est comme si un monde avait disparu sous mes pieds. Un monde léger et doux où on pouvait se garer n'importe où, ignorer les sous, aller à toute vitesse, brûler les feux et la politesse...
Je suis restée les pieds en l'air, tout le trajet.
Le palais Brongniart avait encore gagné.

Les tortues et le golden boy...

Vous savez quoi ?
Le redoutable trader qui a torpillé les comptes de la Société Générale, affolé tous les importants de la Finance mondiale, les petits épargnants, les gros bonnets... Vous voyez qui je veux dire ? Jérôme... Eh bien ! Il habitait au-dessus d'un magasin à six sous qui s'appelait "La descente aux affaires" !
Ce n'est pas désopilant, ça ?
Ce n'est pas infiniment romanesque ?
On le mettrait dans un roman qu'on dirait "oh la la ! l'auteur exagère ! C'est trop ! C'est caricatural !"
Quand je vous dis que la vie se permet des raccourcis devant lesquels les écrivains freinent des dix doigts ! Quand je vous dis que la vie est un roman...

Imaginez que le Jérôme, avant d'emménager dans ce coquet appartement, ait lu le panneau clignotant. Ait réfléchi un peu. Ait tordu son adorable petit nez et se soit dit " c'est un signe ! Je devrais peut-être faire gaffe... Arrêter mes galipettes à mille zéro et écouter la voix de la raison..." Imaginez qu'il se soit dit " ralentis, ralentis, mon garçon... sinon tu vas glisser dans les enfers."
Il n'en serait peut-être pas là !
Oui mais voilà... Il ne pouvait pas ralentir. Le monde autour de lui allait à toute allure. Et lui aussi...
Il allait si vite dans sa vie, dans ses affaires, dans ses entrées et sorties dans le hall de l'immeuble qu'il n'a peut-être pas lu l'immense signe "Descente aux affaires". Ou il était si arrogant, si sûr de lui qu'il s'est plus cru plus fort que ce petit signe-là !

En ce moment, il y a un feuilleton sur Canal + qui raconte la vie de ces garçons-là. De ces traders fous d'argent, de bénéfices colossaux, de sauts périlleux en avant dans les chiffres. Ça s'appelle "Scalp" et c'est très très bien. Je suis scotchée à mon écran tous les lundi soir et je regarde les personnages tomber un à un dans cette "descente aux affaires". Pourquoi l'argent rend-il les gens si moches, si haineux, si effrayants ?
Ils n'ont plus d'ami, plus d'amour, plus d'enfants. Ils sont seuls. Face à ce désir d'en avoir toujours plus, toujours plus.
Ils ne font pas l'amour, ils se percutent, ils ne parlent pas, ils aboient, ils ne dégustent pas un bon vin, ils s'ivrognent, ils ne respirent pas les fleurs, ils aspirent de la poudre blanche... À toute allure. Pas le temps de... Vite, vite, vite.

Ma grande tante, Blanche, me disait toujours "la vitesse, c'est la forme moderne du démon". Elle avait bien raison !
C'est fou, toutes ces petites phrases que l'on a entendues, enfant. Qu'on a repoussées d'un geste impatient de la main en se disant "elle est vieille, elle ratiocine, elle ne connaît pas le monde nouveau qui s'ouvre à moi, ce monde si enivrant..." Et plus tard, au détour d'un détail, la phrase revient, se déplie et prend tout son sens.

Vitesse, argent, vitesse, argent... Le monde va trop vite, le monde est impitoyable et nous, au milieu, nous sommes des petites tortues qui tentons de résister en enfonçant nos pattes dans le sol.

Dans bientôt un mois, mes petites tortues vont montrer le bout de leur nez dans les librairies. Et je compte les jours lentement, lentement...
"La valse lente des tortues"...
Un mois. C'est long et c'est court. C'est le temps du désir et de l'attente. Ce temps qu'on remplit de v½ux secrets, de rêves fous, de peurs étranges, venues d'ailleurs...
Mais au moins, c'est du temps qui passe et sur lequel, on peut mettre la main....
En prenant tout son temps...


Mrs Craddock

Hier, j'ai éteint la lumière à 4 h du matin ! La faute à qui ? À Mrs Craddock. Qui est cette importune qui me file des cernes violets et noirs, le matin ?
L'héroïne du roman éponyme de Somerset Maugham.

J'ai ouvert le roman de Somerset avant-hier et depuis je ne l'ai plus lâché. Partout il m'a accompagnée. Je montais l'escalier en lisant, entrais dans le métro en lisant, achetais ma baguette en lisant, promenais le chien Chaussette en lisant, plongeais sous la douche en lisant, séchais les cheveux en lisant et répondais, en lisant, aux impudents qui osaient me parler et détourner mon attention du haletant destin de Mrs Craddock !

Si vous aimez Jane Austen, Edith Wharton, Nancy Mitford et toutes les romancières anglo-saxonnes de cette trempe, précipitez-vous sur "Mrs Craddock". C'est un enchantement. C'est fin, drôle, émouvant, écrit en virtuose, pensé en fin connaisseur de l'âme humaine. Somerset n'avait que 26 ans quand il publia ce roman qui fouille jusqu'au tréfonds l'âme humaine dans ses tressaillements amoureux.

Moi, je suis une fan de Somerset. De ses nouvelles, de ses romans. Je les lis, la salive aux lèvres, le c½ur battant. C'est de la dentelle à croquer sous la dent, du chocolat noir à laisser fondre sous la langue, c'est délicieux, méchant, précis, envoûtant.

En prime, dans l'édition que j'ai trimballée partout, il y a une préface de Linda Lé qui commence ainsi : "l'artiste doit aspirer à la goujaterie avec l'énergie que met le moine dans la convoitise de la sainteté". Rien que cette première phrase m'a entraînée dans un tourbillon que le roman n'a pas ralenti !

Alors pendant deux jours, j'ai illustré la phrase de la nièce d'Emily Dickinson (phrase envoyée par Thierry, un lecteur friand de beaux livres et de belles phrases) qui racontait qu'un jour dans sa chambre, la poétesse avait fait le geste de s'enfermer, pouce et index refermés sur une clef imaginaire : "Juste un tour. Et la liberté."
Juste un tour. Et la liberté de s'enfermer dans un autre monde où l'on est seule à déguster de la dentelle. Pas mal, non ?