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Blog de Katherine Pancol

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Un 19 décembre...

Je suis toute triste depuis le début de ce mois de décembre.
Plus tellement envie de faire des galipettes de joie...
Il y a un an pile aujourd'hui mourait mon meilleur ami. Il s'appelait Laurent, il avait 39 ans et demi, il était fou de livres, de films, de théâtre, de chocolats, de macarons de chez Ladurée, de nuits blanches à parler de tout ce qui bouge dans la vie et le rendait heureux... Il chantonnait tout le temps "la vie est belle, la vie est belle" et il la rendait belle par mille attentions.
Il était comme un frère que je me serais choisie. Sur la même portée de notes que moi. On se regardait et on riait dans les yeux sans rien dire. On se heurtait l'épaule et on se réconfortait. On écoutait un infime silence dans la voix de l'autre et on se partageait le chagrin sans rien dire. Quand on partait en vacances, il empoignait deux valises pleines de livres et un sac de vêtements et de brosses à dents ! Dans toutes les villes du monde, on visitait en premier... les librairies !
Et puis, il est parti. Il y a un an, aujourd'hui. Et depuis, il manque, il manque tellement.
Et depuis le début de ce mois de décembre, il y a comme un compte à rebours qui file. Comme s'il n'était pas vraiment parti et qu'il y avait encore une chance qu'il revienne... Comme c'est bizarre, la symbolique des dates !
Et depuis un mois, je suis à côté de mes pompes.
Dans un brouillard blanc.
Je fais comme si tout allait bien, mais je claudique, je vagabonde...
J'oublie tout, je ne pense à rien de précis, je dis oui, je dis non et je ne sais pas ce que j'ai promis.

Heureusement, il y a la vie. Les enfants qui reviennent d'Angleterre et la maison, soudain, qui déborde de copains, de bruits, de musique. Des hordes qui arrivent et s'embrassent, s'enlacent, sautent en l'air et moi, j'attrape des bouts de vie et je me refais un sourire.
La vie qui continue...

Je viens de recevoir les épreuves de "La valse lente des tortues". Le premier jeu d'épreuves. C'est le livre imprimé comme pour de vrai, mais pas relié. En feuilles volantes. C'est impressionnant parce que ça fait un gros paquet. Il faut le lire, le corriger, le renvoyer à l'éditeur qui fera un second jeu d'épreuves à relire, à re-corriger et ensuite, direction l'imprimeur pour de bon...
On traque l'erreur de typo, la coquille, les guillemets pas refermés, la répétition d'un mot, un espace oublié. Il faut avoir les yeux d'un détective, ne rien laisser passer, être à l'affût, aux aguets...

Finalement, ils ont tout fait tenir en 677 pages ! Après m'avoir effrayée, sermonnée, tancée. "C'est trop long, c'est trop gros, c'est impossible à lire dans le RER et le métro..." Ils se sont débrouillés et tout tient en 677 pages. Clair, lisible, aéré. C'était bien la peine de faire tout un pataquès ! Bon d'accord, j'ai coupé une soixantaine de pages, mais j'ai rajouté deux scènes...
Alors je vais partir en vacances avec le gros paquet d'épreuves sous le bras parce que je dois tout rendre début janvier. Je vais regarder la neige par la fenêtre et faire de la luge entre deux relectures !
Ou du ski, si je m'accorde une journée entière de loisir !
Et s'il fait beau et pas trop froid.
Je déteste le ski quand il fait glacé, qu'on a les doigts raides et gelés, qu'on se prend les bâtons de ski du voisin dans la file d'attente des remontées et qu'on ne peut même pas râler parce qu'on a les lèvres gercées.

Voilà, c'est décousu, c'est de guingois, mais c'est comme ça.
C'est un 19 décembre et cette date sera définitivement un jour que je n'aimerai pas. Pour le restant de ma vie...

Champagne et lauriers...

Vous êtes nombreux à me demander comment se sont passées les délibérations du jury littéraire (le prix Virgin/Version Fémina) auquel je me suis rendue mardi...

Le plus civilement, le plus gracieusement, le plus élégamment possible ! Aucune prise de bec, aucune vile manipulation, aucune colère, aucun claquage de porte ! Du feutré, du doux, des sourires, du consentement mutuel...

Tous les jurés étaient là : Françoise Barnaud du Virgin Megastore, Dominique Bona, Jacques Gantié, Gilles Martin-Chauffier, Constance Poniatowski, Jean-Marie Rouart, Colombe Schneck. Tous présents, à l'heure et de charmante humeur !
Les dix romans en lice étaient tous bons. Pas de fausse note. Un ton, un style. Le choix était difficile.

Nous étions donc tous réunis, dans un restaurant délicieux près de l'Etoile : Le Pré Carré, 3 avenue Carnot, un de ces rares endroits où on peut déjeuner ou dîner sans être entassés les uns sur les autres ni assourdis par une musique qui couvre les propos.
D'ailleurs, c'est le restaurant préféré de tous les gens de cinéma qui veulent avoir la paix !

Premier tour : chacun a énoncé ses trois favoris.

Mes favoris à moi, après avoir balancé et balancé, étaient : "Le corps de Liane" de Cypora Petitjean-Cerf ( Stock), "L'Innocence" de Tracy Chevalier et "La princesse Mendiante" de Catherine Clément. Trois romans très différents.

"Le corps de Liane", c'est une vraie écriture, une force geyser, une invention des mots, une manière de raconter les affres de l'adolescence sur un ton à la fois détaché, drôle, émouvant. Cypora, c'est une nature qui frappe le mot sur une enclume, tourne des phrases, fait sonner des syllabes. Une forgeronne inspirée. Elle répand dans chaque phrase une vigueur, une acidité acidulée... moi, j'ai adoré !

"L'Innocence", c'est la manière anglo-saxonne de raconter des histoires. On rejoint le grand roman classique à la Dickens. Présentation des personnages, amorce des intrigues, découpe des scènes comme le disait Raoul Walsh : "there is only one way to shoot a scene and that’s the way which shows the audience what’s happening next." Donc, comme l'énonce le vieux Raoul, on écoute, on palpite, on salive, on se demande ce qui va se passer... On est transporté dans un autre siècle, une autre époque, à Londres...

"La princesse mendiante" est un conte à l'indienne qui entraîne dans le monde des mille et une nuits, un imaginaire merveilleux... avec une princesse à la fois capricieuse, généreuse, courageuse, folle, inspirée. On est parmi les palais, les éléphants, les poisons, les tyrans sanguinaires, les encens et les envoûtements... Un voyage gratuit au pays des maharadjahs.

Dès le premier tour, ce fut évident : deux livres se détachaient. "Le corps de Liane" et "La fille des Louganis" de Metin Arditi (Actes Sud). Ils arrivaient ex-aequo : quatre voix chacun. Or nous étions huit jurés. Le Président du jury était Jean-Marie Rouart, écrivain, académicien et charmant !
On parlementa. Quelqu'un voulait-il changer d'avis ?
Personne.
Personne ne voulait VRAIMENT changer d'avis ?
Non.
Ah bon...

Alors...
On ne se battit pas car le livre de Metin Arditi est un beau livre aussi. Je vous avais prévenus : tous les livres étaient bons et choisir était difficile. On se gratta le menton, on supputa que faire, que faire en buvant une coupe de champagne et en se soupesant du regard...

Alors on ressortit le principe de la double voix du Président et Jean-Marie Rouart dût trancher. Sa voix comptant double, ce fut Metin Arditi qui remporta le prix.

J'avais aimé son livre, mais préféré mes trois chéris...
L'homme est venu recevoir son prix. Courtois, doux, modeste, cultivé, un amour d'homme... Il a reçu un beau stylo, une très belle montre Mauboussin, plein de compliments, de félicitations. Et l'assurance d'être au premier rang dans toutes les librairies Virgin...

Quand je vous dis qu'il n'y a rien à raconter...
Rien du tout.
Après on a déjeuné, dégusté des coquilles Saint Jacques sur un lit d' épinards, un gâteau au chocolat nappé de mousse ! Un délice !
Je recommencerais bien l'année prochaine...

Les mots sont magiques...

Ah ! C'était bien, cette colère de la semaine dernière ! Vous m'avez envoyé plein de raisons pour être encore plus colère. Ça a fait comme un gros champignon noir qui gonflait, gonflait et puis Pfft ! le champignon s'est dissous et je me suis calmée...
Parce que je veux être optimiste dans ce monde noir !
J'ai décidé et c'est comme ça.
Je souris aux gens qui ne sourient jamais, j'aide les aveugles à trouver le bon quai de métro, les petites vieilles à trouver leur chemin et je chantonne en traversant les rues. Pour mettre du rose partout. Enfin un peu de rose...

Mais vous m'avez alimentée avec des mails qui allaient de la façon de "ne plus savoir faire le gratin dauphinois" à la détestation des maths obligatoires à l'école, en passant par les abominables cadeaux de Noël et les salades qu'on nous vend en croyant nous berner avec des chiffres et des beaux raisonnements...
Ça va. Nous sommes encore vivants si nous râlons !

Sinon... Mardi prochain, je vais faire partie d'un jury littéraire qui récompense "un roman français d'un auteur encore peu connu du public". C'est le prix Version Fémina (le journal)-Virgin(le magasin). On se réunit donc mardi, les huit jurés du prix, et chacun devra dire le ou les livres qu'il a aimés et ensuite on votera.
Je vous raconterai comment ça se passe !

Je n'ai fait partie qu'une fois d'un jury littéraire (et une fois d'un jury cinéma) et c'est toujours très drôle de voir la petite cuisine intérieure. Les jurés qui essaient de prendre le pouvoir, de manipuler les autres, de les intimider, ceux qui s'écrasent, ceux qui soupirent, mais ne résistent pas, ceux qui bougonnent...

La dernière fois, j'étais juré au festival du film de Deauville et c'était très agréable. Je passais mes journées à regarder des films, j'étais logée dans une superbe chambre de l'hôtel Normandy et allais de fête en fête, de festin en festin, de projection en projection, béate et satisfaite. Au moment des délibérations, il y a eu quelques prises de bec mais en gros, cela s'est bien passé...

Pour les livres, c'est différent. On reçoit chez soi une pile de livres qu'il faut lire très sérieusement. C'est étrange, la lecture d'un livre. Vous ouvrez la première page et, généralement, au bout de vingt lignes, vous savez si oui ou non, vous allez entrer dans le monde de l'auteur. Il y a des mots qui vous prennent et d'autres qui vous laissent totalement indifférente. Des univers qui vous saisissent à la gorge et vous font couler de la salive aux lèvres et d'autres qui vous laissent la bouche sèche. Ça ne veut pas dire que le livre est mauvais, loin de là ! Ça veut juste dire qu'il ne vous parle pas... qu'il ne vibre pas en vous. Alors vous vous entêtez, vous cherchez à attraper un mot, à le scotcher, à lui tirer des couleurs, des émotions et ça ne vient pas...
C'est la magie des mots et les mots ne sont pas tous magiques pour tout le monde. C'est comme une petite musique qui vous entre dans la tête et vous obsède.

Quand j'écris, je lis très peu. Quand j'écris d'ailleurs, je ne fais rien d'autre. Mais, en ce moment, je suis libre comme l'air. Donc j'ai accepté de faire partie de ce jury. Par curiosité. Et bien m'en a pris, parce que j'ai découvert trois livres qui m'ont enchantée ! Trois livres sur une douzaine, c'est déjà pas mal !

En ce moment, j'ai plein de livres en retard à lire. Des livres que j'achète pour "quand j'aurai fini d'écrire, quand j'aurai tout le temps de lire..." et ils font des piles partout dans l'appartement. Je slalome entre les piles et je les regarde avec gourmandise...

Ainsi, je me suis acheté le tome V de la correspondance de Flaubert dans la Pléiade.
Il y a longtemps, j'ai eu un gros chagrin et je suis partie à New York oublier mon chagrin. J'ai emporté sous le bras le premier tome de la Correspondance de Flaubert et là ce fut l'éblouissement. Le vieux Flaubert et ses mots ont effacé peu à peu mon chagrin. Je ne lâchais pas le volume de la Pléiade. Je le transportais partout dans ma poche de parka et, dès que j'avais une minute, je l'ouvrais et les mots se posaient sur moi comme des petits pansements de bonheur. Avec ses mots à lui, ses colères, ses envies, ses longues explications sur la vie, l'amour, le désir, l'écriture, Flaubert me redonnait envie. Envie de vivre, envie d'aimer, envie de goûter la vie, envie de valser dans les rues de New York... Je n'ai jamais oublié que c'était Flaubert qui m'avait guérie et remise dans la vie.
Les mots sont magiques...
Les mots guérissent.
Pour moi, ils marchent bien mieux qu'un tranquillisant ou un anti-dépresseur. Ils éloignent le chagrin et le malheur. On devrait prescrire Flaubert sur ordonnance.

Je me souviens d'un jour... J'habitais en bas de Manhattan (tout en bas) et j'allais à des cours à Columbia University (tout en haut de Manhattan). Des cours de littérature, de cinéma, de mise en scène avec des profs magnifiques. Alors je prenais le métro Express. Parce que sinon pour aller de la rue zéro à la rue 116, cela prenait trop de temps. Je lisais et j'ai laissé passer l'arrêt de Columbia University. J'ai atterri dans le Bronx. En plein Bronx. À l'époque (c'était la fin des années 80), c'était dangereux, le Bronx. Personne n'y allait. Et moi, j'errais dans les rues aux immeubles brûlés, aux poubelles en feu, aux habitants à mine patibulaire avec mon Flaubert sous le bras. Un bus s'est arrêté, m'a klaxonnée et le chauffeur m'a fait signe de monter. Il m'a passé un savon : "mais qu'est ce que vous foutez là à traîner dans ce coupe-gorge ?" Je lui ai répondu que j'avais loupé mon arrêt de métro parce que je lisais Flaubert. Il m'a regardée et m'a dit qu'il était dangereux, ce Flaubert ! Et j'ai ri en pensant qu'il aurait adoré cette réflexion le vieux Gustave ! La littérature faisait perdre la tête, la littérature faisait oublier de descendre à la bonne station, la littérature faisait irruption dans la vie donc la littérature était vivante...
Le chauffeur de bus m'avait sauvé la vie !
Et le vieux Flaubert aussi !

Parce que, vous savez quoi ?, les mots sont magiques et la littérature protège des malheurs de la vie...

Les mots sont magiques.... bis !

Oh la la ! J'ai reçu une belle histoire d'une lectrice...
Une histoire belle comme un sapin de Noël !
C'est à la suite de ma dernière bulle : "Les mots sont magiques"...

Je vous raconte...
Il était une fois...
Une femme, jeune, avec trois enfants petits, un mari qui s'était fait la valise, un emploi de caissière avec plein de trous dedans, une femme qui courait tout le temps et qui, un soir, rentre à la maison et dans son petit appartement ne trouve plus qu'un vieux tabouret et, posé sur le tabouret, un livre. Les huissiers étaient passés par là et avaient tout emporté. Elle couche les enfants et revient vers LE tabouret. Elle n'a plus rien. Plus d'amour, plus d'argent, plus de force pour continuer à avancer... La solitude l'accable. La nuit noire l'enveloppe. Le froid la glace. La tristesse, le chagrin la submergent. Elle n'y arrivera pas.
Elle fait le tour de la pièce et décide que c'est la fin. Elle n'en peut plus. Elle regarde la fenêtre, elle regarde le tabouret, elle ouvre la fenêtre et décide d'en finir avec cette vie qui n'est pas une vie...
Et alors...
Je laisse la parole à Lydie...
"débarrassant le tabouret sur lequel elle voulait monter pour enjamber la fenêtre, elle a lu machinalement le titre du bouquin (hélas, je ne m'en souviens pas), et de titre en chapitres, elle a passé la nuit à lire, toute seule sur son tabouret.... Quand le jour s'est levé, elle avait oublié son projet. C'est grâce à ce livre que ma copine Martine, son frère Jean-Marc, sa soeur Isabelle ont gardé leur maman. Une maman qui avait repris ses études et est devenue...professeur d'histoire.
Quand la maman est morte, on a écrit sur sa tombe, "Libris et liberis". Toute sa vie, elle s'est souvenue qu'elle avait été, un jour, sauvée par les mots. Toute sa vie a été enfouie sous les bouquins et les baisers des enfants.
Mais elle n'a jamais eu un rond !"

Ce n'est pas beau, cette histoire vraie ?
C'est magique, non ?
Comme le vieux Flaubert qui fait arrêter un bus en plein Bronx pour que je monte dedans, un livre avait sauvé cette femme...

Juste un petit mot avec mon Nespresso du matin !

Ah ! J'ai frappé juste en éructant contre les gadgets à mille euros qui nous la jouent Veau d'or et Castafiore !
Vous m'envoyez des tonnes de mails pour alimenter ma colère !
Et comment je vais me calmer, moi ?
Des forfaits de téléphone ou d'Internet escrocs aux 4/4 obligatoires pour montrer qu'on n'est pas des nains en passant par la déclinaison des marques et des sigles obligatoires, des crèmes de beauté qui font sauter le porte-monnaie mais pas les rides, des services automatisés qui ne répondent pas mais déclinent d'une voix chantante "tapez le 1, tapez le 2, tapez le 3" pendant que les euros défilent... tout y passe et vous déversez des flots de bile noire !
Et j'oubliais : les cadeaux de Noël OBLIGATOIRES !
Et j'en oublie encore car les mails s'affichent chantant la frustration et l'impuissance.
L'impuissance. Le mot est dit.
Vous êtes lasses. Ils sont las. Je suis lasse. Nous sommes tous las...
Et il va falloir chanter Noël !
C'est quoi déjà Noël ?
La célébration du Veau d'or ou le petit Jésus posé sur la paille ?

PS : Merci à Laurence qui propose un boulot de dépannage à ma copine "candidate à la mobilité externe" ! Belle solidarité ! Et un grand éclat de rire quand j'ai lu sous la plume d'Anne que son voisin a un 4/4 plus gros que sa maison !
J'ai failli mourir de rire. J'imaginais une scène dans un film. Premier plan. Un homme au volant de sa forteresse sur roues venant se garer devant une maison de... nain !
Comme quoi, on finit toujours par se faire rattrapper !