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Blog de Katherine Pancol

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Vivons heureux, vivons cachés !

Alors cette semaine, dans Paris Match... il y a une interview d'Ophélie Winter faite par moi. Je vous le dis parce qu'après, vous allez m'écrire en rouspétant parce que je ne vous dis pas quand je mets le nez dehors !

Donc, un soir où j'avais mis le nez dehors et que j'étais dans un restaurant avec une amie à deviser de la vie, de l'amour et des soldes, une blonde apparition débarque à notre table: Ophélie Winter.

Elle se présente (je la connaissais de nom), me dis qu'elle aime bien ce que j'écris (je la remercie) et de fil en aiguille, on commence à parler.

Moi, s'il y a un truc que je déteste dans la vie, c'est avoir des préjugés.
Genre blonde = idiote et Ophélie Winter = pétasse. Je déteste ça au point de me mettre en colère quand j'entends ce genre de raccourci et de prendre aussitôt la défense de l'opprimée ! Dès que j'ai une idée reçue qui me vient en tête, je la piétine rageusement et la mets à la poubelle. J'aime bien me faire mon jugement par moi-même et ne pas enfourcher le même dada que tous les autres. À priori, Ophélie Winter, ce n'est pas ma tasse de thé, mais j'avais envie d'aller voir ce qui se cachait derrière cette blonde peroxydée.

On se revoit, on se reparle, elle me raconte sa vie et me tend des Kleenex pour éponger mes larmes tellement sa destinée est tissée de malheurs, me console en me disant que ce n'est pas grave, qu'elle a l'habitude et qu'elle survivra !
Je lui souhaite une accalmie dans sa tempête d'infortunes diverses (elle se présente dans toutes les catégories) et nous nous séparons.

Là dessus : elle est arrêtée par la police pour une histoire de drogue.
Je la questionne, elle me dit qu'elle a juste utilisé l'homme incriminé comme taxi (pour économiser le prix de la course : 400 euros) mais qu'elle n'est ni dealeuse ni droguée. Qu'elle n'a pas toujours été clean, bien sûr, mais bon...comme tout ce monde du show biz qui pique du nez sur la table (vous filez la métaphore ?).

Et de fil en aiguille, on a fait l'interview pour Match. Après avoir beaucoup parlé, beaucoup fouillé, et moi, beaucoup compati !
Oh la vie d'Ophélie ! Dickens, Zola et Hector Malot n'y suffiraient pas ! Vous me donnez cent millions de dollars que je ne la prends pas !
Elle le sait, en plus.
Mais elle fait avec. Bien obligée...
Car, c'est toujours la même chose : entre le poster de la fille qui paraît trop plastique pour être vraie et la réalité, la blonde en face de moi accoudée sur sa boîte de Kleenex, il y a un océan, que dis-je, un pic, une péninsule !

Un océan de malentendus, de clichés, de brutalité, de voracité, de négligences des uns et des autres, de paresse de l'intéressée qui se laisse faire, se laisse manipuler et se retrouve promue "blonde à gros nichons". C'est comme ça qu'elle s'appelle, elle-même.
La tragédie de la lucidité. La tragédie d'une fille à fleur de peau qui habite un costume pas fait pour elle et se prend des coups sans répit. Et réagit en disant "ça va très bien, merci".

Que c'est horrible, ces vies de star de magazine ! D'idoles en papier qu'on brûle et qu'on ravive, qu'on foule et qu'on adore ! Parce qu'on ne sait même plus ce qu'elle fait, Ophélie, en fin de compte : elle chante, elle danse, elle joue la comédie, elle présente une émission à la télé, elle sort avec qui déjà ? Ou tout à la fois, peut-être ?

Elle est surtout une petite fille qu'on a mise sur les planches à six ans et à qui on a dit "chante" pour faire bouillir la marmite de la famille. Elle voulait être avocat. Mais elle a chanté.
Comme Judy Garland, par exemple.
Sauf qu'Ophélie, elle n'a pas rencontré Vincente Minnelli...

Promenons-nous dans les bois...

Hier soir, sur Arte, j'ai vu "Lady Chatterley et l'homme des bois", la deuxième version du roman "Lady Chatterley" (je ne savais pas qu'il y avait eu plusieurs versions, la dernière étant celle que tout le monde connaît). Que c'est beau ! Mais que c'est beau ! Cette femme, la metteuse en scène, Pascale Ferran, est vraiment une enchanteresse. Elle mérite sa pluie de Césars 2007. Et Marina Hands, l'actrice, est magnifique. Elle change tout le long du film, palpite, grandit, fait vibrer l'image. Et l'amant, Jean-Louis Coulloc'h, l'accompagne et l'enveloppe avec une mâle grâce. Il a un côté mi-Oliver Reed, mi-Marlon Brando. Et Hyppolite Girardot, tout en retenue et en colère ! Oh la la ! Vive le cinéma quand il est comme ça !
Si vous l'avez raté à la télé, courez l'acheter en DVD. Ensuite, vous vous faîtes un bon thé, vous vous enroulez sur un vieux canapé, vous posez votre vieux chat ou votre vieux chien arthritique en tapon sur vos pieds, vous coupez le téléphone et vous vous enfoncez dans un plaisir inouï. Il n'y a pas de bande son envahissante, que le bruit des arbres, de la pluie, de la campagne anglaise, du feu de cheminée et des tasses de thé qui s'entrechoquent. Pas de bruits de baisers chuintants et baveux. Pas d'effets d'écran divisé en vignettes qui éclatent la tête. Une manière tellement belle et stylée de filmer. Chaque plan est un tableau qu'on pourrait regarder au Louvre et non, ce n'est pas mortellement ennuyeux. Ça vous prend aux tripes. C'était la version longue (3 heures et demie) et elle m'a paru brève.

Je l'ai regardée avec une copine qui arrivait de New York et qui m'a dit que le film avait des critiques dithyrambiques dans la presse new-yorkaise. C'est sûr que ça doit les changer d'Océan 13 et de Matrix 6. On riait en regardant le film, surtout les scènes d'amour, et on se disait que pour les Américains, ce devait être un film de science fiction !

Elle me racontait qu'à Hollywood, c'étaient les acteurs français qui jouaient maintenant les méchants dans les films. Dès qu'il y a un rôle de traître, d'abominable salaud, de pleutre éhonté, on lui donne un nom français et on confie le rôle à un Frenchie (Lambert Wilson, Vincent Cassel, Saïd Tagmaoui) ! À tel point qu'un animateur de talk-show (un de ces talk show de la nuit) s'est énervé et a fait un long édito pour défendre la France ! Il a dressé toute une liste de raisons pour lesquelles il fallait respecter la France (le système de protection sociale, les hôpitaux, l'éducation à portée de toutes les bourses, Paris, le fromage, le vin etc...) et a terminé en disant "et ils ont eu bien raison pour l'Irak". Non mais !

"Les yeux jaunes des crocodiles" poursuivent leur lente reptation dans le classement des poches !
Ils sont maintenant 6ème et je vous félicite !

Et la suite avance à la vitesse d'une petite tortue ! Avec obstination, méticulosité et gourmandise. J'ai franchi la page 600, hier, alors préparez-vous : achetez des haltères et musclez vous les bras. Ou prévoyez trois semaines de vacances pour engloutir le pavé ! Car la fin est encore à une deux centaines (on dit ça ?) de pages ! Alors Courage !
L'été promet d'être studieux. Le seul ciel bleu que je vais entrevoir sera le fond d'écran de mon ordinateur, je pense !

Allez, j'y retourne !

Extase en pantoufles !

Je peux vous le dire, je biche, je bubulle, je m'ébouriffe, je ronronne, je  grandécardise de plaisir  ! À peine sorti dans le commerce, "Les Yeux Jaunes des Crocodiles" est huitième au hit parade de Livres Hebdo poches ! Je suis contente, mais contente, contente !

Et je vous remercie. Je me plie en courbettes. Je vous envoie des baisers de ballerine essoufflée !

La suite avance… à pas de tortues, mais avance.

J'aborde la fin, le lent tricotage de la phase finale quand toutes les histoires infiltrées se défont et se doivent te tomber avec la grâce et la magie d'un plissé de Madame  Grès ! C'est du cousu main, du petit point, du pas droit à l'erreur…

Sinon…

Rien du tout. Morne plaine. Longues journées devant l'ordinateur. Avec entractes sur Roland-Garros à la télé. Et des longueurs de piscine quand j'ai trop mal au dos de rester bossue… Des litres de thé Lapsang-Souchong rapporté de Londres, des fraises, des cerises, des amandes, des figues aux heures où la fringale signale la fatigue. J'essaie d'éviter le chocolat pour ne pas finir le livre en babouchka !

Pas de cinéma, pas de livre de chevet, même plus de "Nouvelle Star". L'émission est devenue trop… prévisible, à mon goût. Que la vie d'écrivain est ennuyeuse et que Flaubert avait raison quand il râlait en robe de chambre dans sa retraite normande !

Alors, du fond de mes pantoufles, je vous envoie ce message et retourne… voir jouer Nadal et Djokovic !

Madame de Sévigné à l'Audimat !

Oh la la ! et si je vous disais que je n'ai plus rien à raconter. Que j'ai la tête, les bras, le tronc aspirés par le livre et que je disparais dans le grand univers fictif ! Au secours !


Ce n'est pas un livre que j'écris, c'est un aspirateur qui m'avale tout entière.


La vie se décolore autour du livre. Tout me pèse qui n'est pas lui.


Alors l'actualité ! Pfffft ! Je m'en balance..


Pour mieux sauter à pied joints dans le livre. Encore et encore ! je lui dis en le quittant le soir, encore et encore quand je relance l'ordinateur le matin, encore et encore et si le monde s'écroule, je ne l'entendrai pas, c'est sûr !


C'est toujours un peu comme ça, mais là, avec ce livre-ci, ça devient terrible. C'est comme un ogre qui me mange et je bats des sandalettes pour ne pas disparaître dans sa gueule ouverte.


Ah ! si… je voulais vous dire : parfois je vous réponds et le message me revient avec un message "Mail impossible à délivrer" ! et j'essaie, je m'échine, je trime, mais toujours le mail me revient, alors ne m'en voulez pas si je ne vous réponds pas. Moi, je les envoie, mes mails de réponse, mais c'est votre serveur qui ne veut pas les entreposer… Ça m'est arrivé plusieurs fois, ces derniers jours et toujours avec des serveurs différents !


Sinon… rien !


Et toujours rien !


Et je suis bien désolée de tout ce rien.


Je voudrais avoir plein de choses magnifiques à vous raconter et … rien !


Peut-être que ça ira mieux la semaine prochaine, que j'aurai un truc incroyable à vous narrer, un truc que je vous distillerai comme la Marquise de Sévigné; vous connaissez cette fameuse lettre où elle fait monter le suspense : "je vous le donne en dix, je vous le donne en cent, je vous le donne en mille !" jusqu'à ce qu'on n'en puisse plus, et que, tout haletant, on se précipite à la fin de la lettre pour apprendre le projet de mariage entre le duc de Lauzun et la grande Mademoiselle, mariage qui n'aura jamais lieu à cause de l'orgueil démesuré des protagonistes et de la maladresse vaniteuse du fiancé…


C'était déjà, sous la Marquise, le phénomène des feuilletons dont on raffole, mais sans les caméras de télé et à Versailles !


Voilà, peut-être que la semaine prochaine, je pourrais me la jouer Marquise de Sévigné !


En attendant, je retourne… travailler !

Jean-Claude...

Quand j'ai appris qu'il était mort, je l'ai pas cru !
Pas lui ! Il était si vivant ! Mais c'était écrit en gros dans les journaux : Jean-Claude Brialy... Une longue maladie... Je sais, on va lui jeter des tonnes de roses maintenant qu'il n'est plus là, mais le truc, c'est que lui, il était vraiment un des derniers grands.

Drôle, mais drôle, érudit en cinéma, théâtre, généreux avec ses amis, fidèle, il faisait en sorte que les gens se rencontrent. Il organisait des déjeuners chez lui à la campagne où il invitait tout le monde : des jeunes et des vieux, des chanteurs et des acteurs, des calmes et des violents, des connus, des pas connus, le boulanger et le petit mitron...
Je l'avais rencontré au moment de la sortie de "Moi d'abord" en 1979 (oh la la ! rétroviseur !) et on avait passé un festival de Cannes ensemble dans la grande villa que louait Europe 1 sur les sommets de Cannes. Les retours de projection à deux heures du matin dans la cuisine de la villa avec Jean-Claude qui racontait son enfance, son colonel de père, Alain Delon, la femme dont il avait été fou au point de vouloir l'épouser, et puis les autres, tous les autres : Ava Gardner, Romy, Sacha Guitry... Il mimait tous les rôles, il imitait toutes les voix et il soignait la chute de chaque histoire !

On riait aux larmes, on se tordait sur les bancs de la table de la cuisine. C'était un conteur incroyable, il pouvait nous embarquer sur n'importe quoi !
Une autre fois (toujours à Cannes) Il avait réussi un jour (au pied du Palais du Festival) à faire croire à un régiment de CRS qui gardait le bâtiment qu'il allait s'envoler. Il disait" regardez-moi, regardez-moi, je vais léviter et hop ! disparaître dans les airs !" et il battait des bras le long de ses jambes et tous les gars de l'escadron attendaient qu'il décolle ! Il s'agitait, il s'agitait, disait mais que se passe t-il aujourd'hui ? Pourquoi ça ne démarre pas ? Et les CRS attendaient, attendaient, les yeux à moitié sur lui, à moitié en l'air attendant la belle fusée Brialy !
Qu'est ce qu'on avait ri !
Brialy, ça rimait avec ri...
Avec tendresse...
C'était un pont avec le passé. Avec lui, on rencontrait des belles anciennes actrices, des belles anciennes chanteuses, des belles anciennes tout !
Je me souviens d'un dîner assise à côté de Danielle Darrieux... Je lui récitais "Madame de" et elle s'en moquait complètement ! Elle préférait parler de la vie, du marché, de l'homme de sa vie !
Il partageait, Jean-Claude, il ne gardait pas ses copains et ses copines pour lui. Il partageait tout.
Il suffit de lire son livre "Le ruisseau des singes" pour se régaler encore. C'est ça qui est bien... Il a eu le temps d'écrire le récit de sa vie.
Au revoir, Jean-Claude...