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Blog de Katherine Pancol

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Je suis sortie de mon igloo normand...

Je suis sortie de mon igloo normand.
Retour à la vie parisienne.
J'étais bien en Normandie. Seule. Sans voir personne (si ce n'est la truffe humide du chien Chaussette !). La mer au bout du jardin, les falaises de craie hautes comme des cathédrales, mon ami le menuisier, mon amie l'épicière, l'écureuil roux qui vient chercher ses cacahuètes au pied du pommier et que j'espionne derrière le carreau. On l'a baptisé "Mister Georges"
Presque pas de coup de téléphone. Immergée dans le livre, avec "eux", mes personnages qui sont aussi réels (si ce n'est plus !) que les "vraies gens". Ils vivaient avec moi. J'avais même plus de place pour les loger tous à la maison !
Là, je deviens carrément confuse, je le sens.
Mais comment expliquer que (à part mes enfants et quelques amis très proches) je vis, en ce moment, davantage avec les personnages que j'ai inventés qu'avec ceux de la réalité ?
La réalité m'ennuie alors que la fiction me ravit.
Et me turlupine !
Par exemple, je me fais du souci pour Zoé. Elle file un mauvais coton. Je m'endors en pensant à elle, en essayant de trouver des solutions. Iris reprend du poil de la bête, mais comment va t-elle évoluer ? Elle m'inquiète. Et Hortense ! Si vous saviez ce qui est arrivé à Hortense ! C'est ébouriffant ! Elle en devient admirable. Je n'aurais pas cru ça d'elle. Cette gamine est étonnante
Et le petit Grobz : Junior. Lui, il me fait hurler de rire. C'est un phénomène. À neuf mois, il essaie de parler et de lire ! Je me suis inspirée d'une petite fille rencontrée cet été et qui disait ses premiers mots à neuf mois en chinois ! Je vous promets ! J'étais scotchée sur la plage en galets, je ne l'ai pas quittée pendant tout son séjour ! L'enfant était tout simplement une surdouée.
Parce que je ne sais pas à l'avance ce qu'il va advenir d'eux. Je le découvre chaque jour. Ils montent sur scène, me jouent un bout de scène, puis disparaissent, reviennent et moi, je les écoute.
Et ensuite, quand ils m'ont murmuré leur destin dans le creux de l'oreille, chacun à leur tour, il faut trouver les mots. Les bons mots. Qui sonnent et les incarnent !
Alors bien sûr, je pique des détails, des anecdotes dans la vie quotidienne. Je les tricote dans le livre. Ça aussi, c'est étonnant Comment l'une nourrit l'autre. Un mail d'une lectrice qui me raconte une anecdote qui lui est arrivée, une scène à la pharmacie, une réplique de la concierge en me montant le courrier. J'attrape le détail au vol et je le couds avec le récit...
Sinon ?
Sinon, bôf, bôf
Y a bien les élections, comme feuilleton. Les sondages. Les déclarations des uns et des autres. Mais j'ai l'impression d'une ritournelle qui tourne à vide. Comment décolorer un mot ? Mettez le dans la bouche d'un homme politique ! Il n'a plus de poids ni de couleur. Un chewing-gum sans goût.
Il n'y a plus beaucoup de sens là-dedans, des cris, des slogans, des attrape-mouches, mais pas de sens. Des camelots harangueurs postés au coin des rues qui vendent du rêve en kit !

Sinon, j'avais oublié de vous le dire dans une lettre précédente, j'ai vu un film qui m'a scotchée : "La vie des autres". (Meilleur film étranger aux Oscars) Je suis sûre que vous l'avez déjà vu, mais si ce n'est pas le cas, courrez-y, c'est vraiment bien, bien, bien


Ah ! Un dernier truc : le dimanche 25 mars, je serai au Salon du livre de Paris de 14 heures à 16 heures Au cas où. On ne sait jamais. Une envie comme ça !

Semana horribila !

Semana horribila ! Résultats d'examinas et de concouras pour les candidats ! Et nerfs à couper au coutelas de la mama qui se malaxe les nerfs pas sympathicas du tout ! Je suis un peu gaga, remercie les dieux Incas et multiplie les B.A ! MON FILS EST PRIS PARTOUT ! Ouf ! je redeviens normale et oublie les ah ! ah ! ah !

Mais que d'angoisses avant d'arriver à ça ! C'est terrible, cette période de résultats d'examens. On guette Internet, on tripote le courrier, on arrête de respirer, on fait le film à l'endroit, à l'envers, il est pris, il est pas pris, il va là ou ailleurs, je le console, je le félicite, je masque ma triste mine ou je m'esbaubis.

Je trouve ça hallucinant ! On n'est plus des parents, on est des guerriers ! Les plus armés, les plus roués, les plus impitoyables l'emportent. C'est une lutte au couteau chez les géniteurs (qui accumulent les bons tuyaux en ne les communiquant à PERSONNE) et chez les candidats qui s'épient et se jaugent en remplissant leurs copies. Mon fils (plutôt cool Raoul et prêt à partager ses bons tuyaux !) me racontait que, dans les salles d'examen, chacun se surveille, joue le "je sais tout", adopte des mines de gladiateur heureux juste pour déstabiliser les autres. Certains parents accompagnent leurs rejetons jusque dans les salles d'examens et les attendent, agglutinés à la porte avec boissons vitaminées et serviettes-éponges.

Le système devient absurde. C'est la ruée vers les bonnes prépas, les bonnes écoles, les bons établissements. Le mot d'ordre chuchoté, jamais prononcé, étant : tout sauf la fac ! Mais personne ne le dit. On prétend même le contraire. Mais oui, ma bonne dame, il y a des cursus formidables à l'université. Oui, mais comme par hasard Balthazar, ceux-là sont faits avec sélection à l'entrée. Sélection, l'horrible mot. Le mot qu'on ne doit pas prononcer. Résultat : les facs délivrent des diplômes pas considérés par les entreprises, ce qui explique le nombre de jeunes au chômage avec Bac+6,7,8 ! Si vous voulez avoir un bon diplôme avec boulot à la sortie, vous devez viser haut. Dans les écoles dites "grandes". Où l'on rame comme un galérien galeux pour entrer !

Et là encore, c'est la jungle. Quels sont les bonnes prépas, les bons IEP, les bonnes écoles de commerce, les bonnes écoles d'ingénieurs ? Pourquoi cet IEP de province est bon et l'autre pas ? Mystère et boule de gomme. Il y a des classements qu'on se refile sous le manteau. Il y a surtout très peu de places.

Et je ne parle pas de Normale Sup ou de l'agrégation. Là on les compte sur les doigts de deux mains, les heureux reçus ! Sur des milliers de candidats qui se présentent.

Et qu'est ce qu'il faut faire pour que l'enfant soit prêt ? Payer des cours particuliers, engager quelqu'un qui va monter des dossiers administratifs (la jungle !), acheter des tonnes de livres, se tenir au courant de tout, etc... C'est un boulot à plein temps. Il y a des mères qui ne font que ça. Ont des fiches, des classeurs, des numéros de répétiteurs qu'elles gardent jalousement.
Hypocrisie d'un système qui se dit démocratique et ouvert à tous et qui privilégie soit les enfants favorisés soit les enfants de profs (les parents sont au parfum !).

Alors, OK, mon fils est pris, partout. Mais je suis en colère pour tous les autres. Tous ceux qui n'ont pas la chance d'être préparés aux petits oignons.
Bien sûr, il y a des exceptions. Comme partout. Et heureusement ! Mais si peu, comparées au nombre d'étudiants qui se pressent dans les salles d'examens... 

Bon, c'était mon coup de colère, mais il faut dire que cela fait un moment que ça me turlupine, cette histoire ! Alors quand j'entends qu'on va plus ou moins continuer à ignorer le problème, à considérer le mot "sélection" comme un gros mot et à perpétuer ce leurre imbécile de tous égaux, tous capables, tous brillants, je me dis que nos "petits" ne sont pas sortis de l'auberge !

Pas étonnant que l'on trouve tant de Français dans les facs étrangères. Où il y a examens et sélection. Ou, in fine, les diplômes veulent dire quelque chose...

Sinon?
Je me calme, je prends un grand bol d'air et j'avoue... pas grand-chose !
J'ai fini la quatrième partie du livre et attaque la cinquième (et dernière).
Encore un bon mois de sueur sur l'ordinateur et je pourrais écrire le mot FIN.
Et tout reprendre ! Pour couper et couper... Et enfin, délivrer le manuscrit à l'éditeur qui doit se demander si je ne me tricote pas de grands pulls en mohair au lieu de travailler !

À vous tous qui partez vous allonger, enduits d'huile solaire, sur les plages, ou crapahuter en pataugas dans les alpages, je souhaite de bonnes vacances et vous donnerai des nouvelles de la ville sous la canicule ou sous la pluie !

Trois petites notes de musique