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Blog de Katherine Pancol

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L'oie a faim en Hongrie...

Hé ! Hé ! Je ne résiste pas !
Lu dans le New York Times, ce matin, (vous savez le supplément du NYTimes vendu avec le Monde le vendredi après-midi et le samedi matin) un article de Patricia Cohen qui s'alarme du manque de culture des Américains et qui renvoie à la vidéo d'une apprentie chanteuse, Kellie Pickler, qui passe sur Youtube.

Donc je suis allée voir et je dois dire que j'ai ri, mais que j'ai ri !
Kellie Pickler est une ravissante blonde platine qui concourt pour l'émission "American Idol", notre Nouvelle star à nous. Elle est invitée à un jeu télévisé où elle doit répondre à des questions niveau CM2 et elle est assistée par un gamin de 11 ans, Nathan. La somme en jeu est de 25 000 dollars. Si elle gagne, elle la reverse à une fondation. Donc elle claque des dents et se concentre.

Animateur : Budapest est la capitale de quel pays européen ?
Kellie : Ah ! Je croyais que l'Europe était un pays...
Animateur : Euh ! non...
Kellie : Quelle question idiote ! Budapest, ils parlent français là-bas, non ? Est-ce que la France est un pays ?
Nathan, le gamin, se gondole de rire et inscrit une réponse sur son ardoise.
La blonde platine fait encore quelques commentaires pas piqués des hérissons et puis elle passe le relais à Nathan qui répond donc "Hungary" (Hongrie !).

Kellie : "Hungry" ? C'est un pays, ça ? Je ne savais pas qu'il y avait un pays qui s'appelait comme ça. Je connaissais "Turkey" mais pas "Hungry"...

(Hungry, pour le cas où... , veut dire Faim et "Turkey", Oie.)

La blonde platine nage en plein sandwich et bat des pieds lorsque Nathan donne la réponse exacte. La salle applaudit à tout rompre.

Et l'auteur de l'article s'inquiète...
Non seulement, explique t-elle, les gens sont de moins en moins cultivés, mais cela devient chic et tendance d'être ignare. "Il y a même une certaine hostilité envers le savoir et la culture". Une sorte de mouvement anti-"intellectuel qui ose savoir"...
Et elle cite un ouvrage qui vient de sortir aux US (d'une dénommée Ms Jacoby) et qui étudie le fait que, aujourd'hui, il y a une nette tendance à croire que "trop en savoir peut être dangereux" et que "il vaut mieux avoir une opinion qui vient de soi qu'une opinion forgée sur des faits et des connaissances".
Et de balancer le savoir à la poubelle en ne comptant que sur ses émotions, ses réactions, ses éructations.

Ne rions pas trop vite. Ok, c'est aux US, mais il m'arrive parfois, quand j'entends le genre d'émission "Les auditeurs ont la parole" d'être effondrée. On demande aux gens très sérieusement de parler de n'importe quel sujet ( de l'avenir des 35 heures au réchauffement de la planète en passant par les migrations des cigognes ) et on les écoute très sérieusement divaguer et dire souvent n'importe quoi.
Parfois, je me demande si les gens ont "réfléchi" avant de parler, s'ils se sont documenté, s'ils ont des sources, s'ils ont construit une pensée...
Et ça continue, et ça envahit les ondes d'un bruit imbécile qui casse les oreilles. Action-réaction, mais entre ces deux coups de piston, pas de références, pas de réflexion, de l'immédiat, de l'émotion, de grosses bouffées de colère ou de haine qui prétendent imiter le cours limpide d'une pensée.
Ce doit être la coqueluche qui me rend morose ou alors, c'est plus grave que ça et il faut que je change de docteur !

Le bébé est une personne remarquable...

Depuis quelques jours, j'ai une admiration sans bornes pour les bébés...
D'ailleurs, j'ai toujours admiré les bébés. Je trouve que ce sont des gens formidables. Je ne sais pas si vous vous souvenez d'une série documentaire qui était passée – il y a longtemps - sur Canal + et qui s'appelait "Le bébé est une personne".
Le réalisateur expliquait que le bébé était un type remarquable. Et il le prouvait en le filmant. J'avais été médusée. Le bébé comprenait tout, réagissait à tout et apparaissait comme un vieux sage blindé de savoir et d'intelligence.
Un vieux sage hyper costaud !

Et moi, j'acquiesce.
Pourquoi ? Parce que je me demande comment le bébé peut résister à la coqueluche. Comment cette toute petite chose chiffonnée peut se redresser après que ce poids lourd qu'est l'ignoble virus de la coqueluche lui a roulé dessus ...

Parce que moi, grande personne, vaccinée et étanche (enfin, je croyais !) je ne résiste pas du tout ! Je me délite, me traîne, me répands, m'étiole, devient vermicelle transparent et las. Je ne me reconnais plus.
Je suis si fatiguée que je finis par voir la vie en noir.
Je deviens pessimiste, triste et la vie me saute au nez comme un dogue allemand aux crocs acérés. Je la trouve hostile, méchante, dure, imbécile, moi qui d'habitude m'entraîne à la peindre en rose...
Même Somerset Maugham ne me déride plus !

Mon pharmacien m'avait prévenue, laconique : "vous en avez pour au moins trois semaines à être vaseuse, cathareuse et contrariée..." Merci beaucoup !
La prochaine fois que je croise un coquelucheux, je lui tourne le dos !

Ma fille, heureusement, est venue passer une semaine en France. Le chien Chaussette a failli avoir une attaque quand elle a ouvert la porte. C'est fou comme ce chien est sentimental ! Il s'est d'abord raidi comme un bout de bois blond, a poussé un cri, puis s'est mis à faire des bonds en l'air en gémissant et en tentant de lui grignoter le bout des mitaines... Ensuite, il cavalait dans l'appartement avec l'air très important d'un messager porteur d'une grande nouvelle et revenait vers elle pour vérifier qu'il ne s'était pas trompé, que c'était bien elle, que c'était bien lui !

On a fait des gâteaux, essayé plein de thés, léché les vitrines, admiré Paris, joué au rami, épilé les sourcils, des trucs de filles, quoi ! Et c'était bon !
Même si j'étais un peu au ralenti...
Et puis j'ai signé mes 354 exemplaires de Tortues.
Pas comme une tortue, mais comme un lièvre pressé de retrouver son terrier !
Je n'ai plus qu'à attendre...
Devant une rangée de Nespresso...
Attendre que sonne le 3 mars !

LE 3 MARS !
LE 3 MARS !




Ça y est ! Je l'ai !

Un coursier vient de sonner à la porte...
Je me lève en titubant parmi les Kleenex froissés, les bouteilles de sirop, les comprimés sous plastique et les ordonnances qui jonchent le sol ! me dirige vers la porte d'entrée, manque d'écraser le chien Chaussette qui roupille enveloppé dans la chute du dessus de lit, il hurle, je m'excuse, titube jusqu'à la porte, souffle, resserre l'étreinte du châle, éternue, toussote, crachote, ouvre et...
TATATAM !
IL EST LÀ !
Dans les bras du coursier !
MON livre !
Mes petites tortues bleu nuit avec des tas de lettres en relief qui dansent sur la couverture !
Ma VALSE LENTE...

Il est beau, mais qu'il est beau !
673 pages. Blanches. Belles. Un caractère d'imprimerie élégant, clair, classe qui se lit sans se forcer, se goûte, s'offre, se donne avec une retenue qui cache mal une certaine liesse !!!

MON LIVRE !

MES DEUX ANS DE LABEUR NEZ CONTRE L'ORDINATEUR !
Qu'il pleuve, vente ou canicule ! Que ce soit Noël, Chandeleur ou "ridicule de rester enfermée par le temps qui fait " !!

Je tourbillonne, je deviens crochet X, élastique de saut dans le vide, je piétine les Kleenex, saute sous la douche, lave le cheveu, poudre le nez rouge, vaporise le cou d'essence d'Hermès, j'ai rendez-vous avec DEHORS pour faire exploser ma joie ! L'appart est trop petit et moi, trop folle de joie !
Il est là ! Il est là !
673 pages.

Ce soir, c'est la Saint Valentin, je vais dormir avec lui !

La dame aux camélias et la brosse à dents !

Ah ! Ah ! Je suis en train de guérir !
J'en ai encore pour quelques jours, paraît-il, mais au moins, je tiens debout sur mes deux pieds.
C'était la coqueluche. Non mais ! La coqueluche ! Je croyais que ça n'existait plus et voilà qu'elle revient sous forme d'épidémie. C'est mon pharmacien et le docteur qui me l'ont dit.
Je tousse toujours, mais je suis passée de la dame aux Camélias à l'expectorante classique, celle qu'on évite dans les transports en commun.

En tout cas, j'ai décidé de ne plus jamais embrasser qui que ce soit, de me promener avec une bombe anti-germes et d'asperger tout ce qui m'approcherait que ce soit un concombre masqué, un chien péruvien ou un humain porteur de microbes afin de les désinfecter.

Parce que le microbe se balade sans vergogne. Dans le bus, dans le métro, dans la queue du cinéma, les gens toussent, crachent, envoient leur virus dans les airs sans se gêner.

Hier, je vais acheter une belle tarte aux pommes moelleuse et fondante dans une excellente boulangerie et que fait la vendeuse avant de me servir ? Elle éternue, crache, se passe la main sur la bouche pour s'essuyer et fonce sur ma tarte aux pommes ! J'ai hurlé "mettez des gants, s'il vous plaît !". Elle m'a regardée, a dit "si vous voulez..." comme si j'étais une folle tout juste relâchée de l'asile et que je voyais des brosses à dents partout !
Je pestais, je pestais. Impuissante. Mais pas résignée...
Je vais même peut-être porter un masque de tissu blanc.
Des bottes de tissu blanc...
Une grande blouse blanche...

Sinon.
Je n'ai rien à raconter. Le temps s'étire, interminable...
Je n'ai plus qu'une date en tête : le 3 mars !

Demain, je vais "faire mon service de presse" chez mon éditeur
Je vous explique : le service de presse, ce sont les livres que l'auteur envoie aux journalistes qui sont susceptibles d'écrire un article. On leur envoie le livre chez eux, par Colissimo, avec un petit mot de l'auteur. Un petit mot doux. Pour les amadouer, leur donner envie de lire et d'être bienveillant...
(La plupart des "services de presse" sont revendus chez des soldeurs de livres, mais bon... on fait semblant de ne pas savoir !)
Pour mon premier roman, je me suis incroyablement appliquée. J'ai passé du temps et du temps à chercher la formule originale. Je ne voulais surtout pas me répéter. Et c'est dur quand vous devez autographier près de trois cents exemplaires de votre livre ! Et que vous ne connaissez aucun des noms sur la liste !
Au fil des livres, je me creuse moins la tête. Je mets ce qui me vient et quand rien ne me vient, je me défile avec un "Amicalement" ou "Cordialement" ou un jeu de mot assez nul sur le titre !

Il y a des auteurs paresseux qui ne font pas de service de presse et glissent un carton "en hommage de l'auteur absent de Paris". Il y a ceux, plus facétieux, qui fabriquent un tampon à encre qu'ils font marcher à tour de bras avec, à chaque fois bien obligé, la même formule ! J'en rêve, mais je n'ai pas encore osé !

Aujourd'hui, j'ai enregistré ma première télé. Une émission de Monique Atlan sur France 2. "Dans quelle éta-gère". Elle passe trois fois par jour et traite d'un livre chaque jour.
"La valse lente des tortues" passera le 3 mars. Le jour même de sa sortie !
Je vous le claironne parce que vous passez votre temps à me dire que je ne vous préviens pas quand je pointe le bout de mon nez...

Ah si ! autre chose : lors du SALON du LIVRE de PARIS, je signerai le SAMEDI 15 MARS et le DIMANCHE 16 MARS après-midi, de 16 heures 30 à 18 heures 30. Le samedi, sur le stand d'Albin Michel et le dimanche sur le stand du Livre de poche.

Voilà. C'est dit...
Et bien sûr, je vous attends, nombreux !
Sinon j'aurai l'air malin, assise derrière ma pile sans personne devant !
Habillée tout en blanc avec un masque, des bottes, une blouse blanche !

Le rire d'Henriiiiiiiiiii !

Il est parti,ce matin.
Sans grimacer, sans souffrir, sans même s'en apercevoir, je parie. Peut-être même en éclatant de rire trop fort. Parce qu'il faisait si beau ce matin place Vendôme qu'il a dû s'étirer de bonheur, s'étirer, s'étirer et trop s'étirer...
Je l'avais rencontré, il y a sept ans. Lors de son fameux retour à la chanson. Numéro Un des ventes à 83 ans. Ça valait un portrait, une coupe de champagne dans un grand hôtel où il s'était confié après avoir déboulé en roulades à mes pieds !

Qu'est ce qu'on avait ri ! Le champagne en était devenu salé.
Après je l'avais raccompagné chez lui et il pleuvait. On avait ouvert le parapluie et dansé sous la pluie. Il avait fait Gene Kelly, j'avais rien fait du tout... Je l'avais regardée, émerveillée. Un jeune homme de 83 ans qui riait sous la pluie !
Et j'étais rentrée écrire mon papier qui disait ceci :

"Henri Salvador est un homme plus qu’heureux. Un homme hilare, irradié de bonheur, bondissant de gaieté, retentissant de rires qui ricochent ! À 83 ans, il fait des roulades sur la moquette de l’hôtel Intercontinental pour m'accueillir, se redresse et clame, grand seigneur, “Champagne” !
Cet homme est un enchantement de gouaille, d’esprit, de culture, de générosité. On repart d’un rendez-vous avec lui, émerveillée, on danse sous la pluie, on aime la vie, on se promet de rire, de rire, et de rire !

- À 83 ans, après avoir longtemps fait le clown, vous faites enfin ce que vous aviez toujours eu envie de faire : de belles chansons ...
- Les conneries, ça m’a payé beaucoup de choses, des costumes, des belles voiture, c’est sûr ! Vous avez devant vous un homme qui a beaucoup souffert parce que c’était mon rêve de faire de belles chansons et que je ne pouvais pas parce que ce n’était pas ce qu’on attendait de moi. Heureusement il y avait les faces B, mais avant que les gens aient la force de tourner le disque ! ( éclats de rire) Là, il n’y a que des faces B !! Et ça marche, je suis numéro Un, nananananaire !
- Comment vit-on quand on n’arrive pas à faire ce qu’on veut ?
- (rires) Je suis un optimiste alors je m’en fous ! mais enfin, il aurait été malheureux que je meure sans avoir fait ça !
-Il n’y a jamais eu de moments où vous étiez vraiment en colère ?
-Il faut s’accommoder de la connerie ! Et surtout, surtout il ne faut jamais râler ni raconter ses malheurs aux autres !
- Si vous aviez pu faire ce que vous vouliez...
- Je n’aurais peut-être pas fait la carrière que j’ai faite... C’est mieux comme ça en fin de compte ! et puis je suis content parce qu'aujourd’hui, on parle de moi avec respect ! C’est fini, je ne suis plus le petit rigolo qui chantait “Juanita Banana”, alors je suis heureux !
- Vous avez souffert de cette image de rigolo ?
- J’ai s urtout souffert musicalement parce que vous ne pouvez pas savoir ce que j’aime la musique, moi ! Je l’ausculte, je la décortique, je la rêve ! Pour moi la musique commence avec Ravel, avant je m’en fous, Stravinsky, Schoenberg, Xenakis.. j’adore, parce que c’est de la recherche...
- Et alors pourquoi Zorro, Juanita, et les autres ?
- Parce que j’étais contraint à faire du commercial, ça faisait rire les gens ! On finit par prendre son pied à faire rire les gens ! C’est une dimension considérable ! Et puis toute chose est intéressante quand vous l’étudiez sérieusement, la pétanque comme la musique comme le bridge parce quand vous voulez faire les choses bien, c’est incroyablement difficile...
- Votre philosophie de la vie, c’est comme dans votre chanson : “il fait dimanche tous les jours” ?
- Oui j’ai toujours été comme ça... je suis un petit gars heureux, je ne comprends pas les gens qui ne sont pas heureux et pourtant j’ai eu mon lot d’emmerdements et de déceptions !
- Cela vous arrive t-il d’être nostalgique ?
- Je n’aime pas le passé, je m’en fous ! Je ne dis pas c’était mieux avant parce que mon parcours est joyeux et que je suis un homme heureux ! Ma vie est parsemée de joie...Les nostalgiques sont des cons ! (rire) ils ne vivent pas, parce quand on vit, tous les jours sont beaux ! Le jour qui vient, c’est toujours le plus beau, celui qu’on attend avec appétit !
- Et la musique d’aujourd’hui, qu’en pensez vous ?
- De la merde ! tout le monde gueule ! Ils hurlent tous ! Moi j’en suis resté à Sinatra et Nat King Cole, aux belles mélodies !
- Le rap ?
- Ce n’est pas de la musique, c’est du bruit ! Les mots qu’ils utilisent ! Ce qu’ils font subir à la langue française : Les meufs, les keufs, je les tuerai ! J’aime le beau, j’aime le sublime : Piaf, Chevalier, Fred Astaire, Nat King Cole, Sinatra, Brassens, Trenet...
- Qu’est ce que vous écoutez à la maison ?
- Du classique, du classique et du classique !
- Numéro Un des ventes à 83 ans, vous auriez imaginé ça ?
- C’est inimaginable ! Je ne voulais plus faire de disques, j’avais décidé d’arrêter. Le dernier disque que j’ai fait on m’a forcé à chanter des choses que je ne voulais pas ! C’était dramatique ! Ils me faisaient faire du rock ! Du rock ! (rires en cascade) J’avais à peine le droit de mettre une belle chanson à moi en fin d’album ! On ne parlait plus le même langage ! il valait mieux que j’arrête... Et puis il y a ce jeune producteur qui est arrivé, qui m’a dit voilà vous avez tout l’argent que vous voulez, faites ce que vous voulez ! Et le résultat est là...
- Et vous êtes vengé !
- Doublement ! parce que je ne m’attendais pas à ce que le public réagisse à de belles chansons, je croyais qu’il était tellement habitué à des trucs commerciaux minables qu’il n’avait plus d’oreille! Hé bien, non ! C’est la vengeance du chouette sur la merde ! ( rires) c’est formidable, succulent ! Quand je pense à tous ceux qui vendaient de la merde et qui se pavanaient, d’un seul coup, Pan ! Nom de dieu, ça les remet à leur place ! C’est une arme merveilleuse que la qualité, et quand la qualité est reconnue, alors là... ! Qu’est ce que je suis content ! je suis content ! Et je les emmerde tous, tous !
- Vous n’avez jamais été désespéré ?
- Ah si ! quand j’ai perdu ma femme, Jacqueline.. Alors là, j’étais perdu ! J’ai passé trois ans, les valises dans la voiture, à ne pas savoir où j’allais... Complètement paumé ! C’était en 1976. Jacqueline, c’était un ange, c’était l’ange des anges. C’est elle qui a fabriqué Salvador. Je n’étais rien quand je l’ai rencontrée, elle m’a dit “toi tu composes, tu chantes, moi je m’occupe de toi et de ta carrière... Laisse moi faire” Elle a pris l’affaire en main et elle a fait Salvador !
- C’était votre deuxième femme...
- Oui, mon premier mariage était un pari. J’avais 22 ans. J’étais avec un copain et je vois passer une fille mais belle ! belle ! Je dis à mon pote “ tu vois celle-là ? Si elle dit oui, je me marie avec elle !” Il me dit Chiche, je vais chasser la fille, elle dit oui ! Formidable, heureux, je me marie avec elle, sept ans de malheur ! ( cascades de rire) Une méchante comme je n’ai jamais vue ! Épouvantable !
- Vous avez une recette pour paraître si jeune, si joyeux, si vigoureux ?
- Je ne fume pas, je ne bois pas, je dors onze heures par nuit ! Vous avez entendu ma voix, j’ai ma voix de 17 ans ! Elle est même mieux parce qu’avec le yoga, j’ai appris à respirer...
- Vous faîtes quoi toute la journée ?
- Je ne sors jamais, je reste chez moi, je n’aime pas travailler, mais alors pas du tout ! Je passe mes journées au piano, à la guitare ou alors je vais jouer aux boules Place des Invalides avec mes potes ! Je m’occupe de ma femme aussi ! J’ai toujours su rendre mes femmes heureuses, les choyer, il faut que ma femme soit heureuse, je ne supporte pas de voir une larme !
- Vous parlez comme un très jeune homme...
- Ne le dites à personne : j’ai 18 ans ! Le mot adulte est le mot le plus laid du dictionnaire. Adulte signifie qu’on a perdu le rêve, qu’on est devant les réalités, c’est effrayant... Moi, je suis curieux, beaucoup de choses m’épatent, j’ai des émotions très fortes, je pleure au cinéma, je suis trop sensible !
- Vous avez été un petit gars complexé ?
- Je n’ai jamais eu de complexes physiques parce que je suis un optimiste ! Je crois en moi, j’ai confiance, je suis né comme ça ! Je suis mulâtre, mais je n’ai jamais souffert de racisme et puis je fais rigoler alors les gens m’aiment, c’est une carte merveilleuse, le rire !
- Vous avez gagné beaucoup d’argent ?
- Oui mais je ne suis pas riche parce que l’argent, je le tiens à distance ! Il y a deux choses après lesquelles il ne faut jamais courir : l’argent et les femmes ! Une femme, si vous l’ignorez, vous l’intriguez et elle vient vers vous, si vous la poursuivez, vous vous cassez le nez. (rires) L’argent, c’est pareil. Les gens qui gardent leur argent sont des malheureux, vous n’avez qu’à les regarder. Moi, l’argent, je le dépense ! L’argent, c’est pour rendre les gens heureux, les gens autour de moi ! Les magasins sont là pour qu’on y dépense de l’argent, pas pour être regardés !
- Est ce que vous avez des regrets ?
- Non. La vie s’écoule comme un fleuve...
- Et des remords ?
- J’ai une chance, j’ai une voix intérieure... quand vous avez une décision à prendre, si vous sentez que quelque chose en vous dit qu' il ne faut pas le faire, ne le faites pas ! C’est votre voix intérieure qui parle ! Moi, si je n’avais pas écouté ma voix intérieure, j’aurais très mal tourné, j’aurais fini en prison parce que j’ai vraiment failli finir gangster !
- Alors que vous êtes un ange...
Il éclate de rire et son rire résonne dans les salons de l’hôtel Intercontinental".

Après, pendant longtemps, j'ai éclaté de rire sans raison.
Et puis j'ai arrêté.
Je crois que je vais recommencer...