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Blog de Katherine Pancol

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Enfin...

Ça y est !
J'ai eu la réponse d'Albin Michel. Tutti bene SAUF QUE... le manuscrit calibré donne un livre de 900 pages ! 900 pages à porter à bout de bras, dans le métro, le bus ou le soir, dans son lit douillet ? IMPOSSIBLE.
Vous allez périr étouffé sous le poids, attraper des scolioses, des hernies, des sciatiques, des lumbagos et je vais aggraver le trou de la Sécurité Sociale !
Va falloir que je coupe, que je coupe, que je coupe...
J'aimerais bien que vous me disiez, vous, si un ENORME livre bien joufflu vous décourage ou si, au contraire, vous avez envie de le déguster ?

Sinon... tout va bien et comme on dit "tout roule" !
Ouf ! Je commençais à me fabriquer du mauvais sang...
J'avais oublié que lire 900 pages, d'un coup, ça prend du temps !

Le hic, avec l'écriture d'un roman, c'est ce que ce n'est pas "étalonnable". Il n'y a pas de recettes, de trucs, de secrets, c'est une magie qui opère ou pas. Et la magie, ça ne se décrète pas ! L'histoire que je me raconte ( d'abord à moi-même, comme lorsque, petite, je n'arrivais pas à m'endormir...) peut très bien vous laisser de marbre alors qu'elle m'enchante et me culbute de bonheur !
Prenez l'exemple d' "Un homme à distance" que j'ai adoré écrire... hé bien ! C'est le roman de moi qui a le moins marché !! Vous n'avez pas tellement aimé alors que c'est mon préféré !
Et pourquoi ? Je ne sais pas...

Donc quand on produit le manuscrit devant un oeil étranger, on ne peut s'empêcher de penser "Aïe !Aïe ! Aïe ! est-ce qu'il va aimer l'histoire que je raconte là ?"
D'où les noeuds d'angoisse qui s'accumulent le long du plexus !

J'avais beau nager, marcher, lire Patricia Highsmith ( que je l'aime, celle-là !), les noeuds se serraient, se serraient !
Comme dans un roman de... Patricia Highsmith !

Et puis, il a fallu que je quitte mon petit village normand : le chien Chaussette était tombé fou amoureux d'une chienne en chaleur et se conduisait comme un vaurien. Toutes les journées et toutes les nuits à assiéger sa belle, à hurler de désir sous ses fenêtres, à tenter de l'escalader, à lui coller au train, à lécher le trottoir devant sa porte, à ronger le bas du portail...Il est allé jusqu'à s'agripper au mollet de la propriétaire de la chienne qui l'a ainsi traîné jusqu'à la plage pour le jeter à l'eau !
Faute d'enlacer sa belle, il étreignait le mollet de la dame !
Rien ne l'arrêtait. La dame, épuisée, est venue me supplier d'attacher Chaussette afin de pouvoir vivre en paix.
Chaussette a passé trois jours au bout d'une chaîne dans le jardin à me regarder d'un oeil noir et lourd... jusqu'au jour où il s'est débarrassé de son collier et est reparti incommoder la chienne et sa propriétaire !
Je n'avais jamais connu ce phénomène : les phéromones animales se communiquant à la maîtresse et la rendant infiniment désirable !
J 'ai préféré plier bagages....
Back to Paris...
Et voilà !
Cela m'a permis de retrouver mes deux "petits" et de profiter des derniers jours avec ma fille avant qu'elle ne parte pour London !
Dès qu'on se quitte plus de huit jours, tous les trois, c'est comme si on s'était séparé un mois, un an ! Il faut qu'on fête nos retrouvailles !
Ce que l'on a fait en débouchant une bouteille de champagne...
Chaussette, loin de sa belle, dormait, enroulé sur son coussin.
Il l'avait complètement oubliée !




Et l'attente continue...

Près de dix jours que j'ai rendu mon manuscrit et j'attends le coup de fil final de l'éditrice qui dira, ça va, ça va pas et je n'ai plus d'ongles, plus de doigts, plus de bras !

Je suis en Normandie et arpente les falaises en regardant les mouettes et je les envie ! Je me dis qu'elles n'ont que le poisson à chasser et les ailes à déployer dans le vent pour se laisser porter... les veinardes ! Elles n'attendent pas de coup de fil, elles !

Je lis des livres pour passer le temps. Des nouvelles de Patricia Highsmith. Il y en a une qui s'appelle "La proie du chat" et qui est désopilante. Quatre personnes en train de jouer au Scrabble et un chat qui laisse tomber sur le tapis deux doigts humains sectionnés à la base... Et les joueurs de s'interroger et d'enquêter ! J'aime beaucoup Patricia Highsmith parce qu'elle distille l'angoisse sans peser, sans effet de scie électrique ou de hurlements. C'est feutré, c'est doux, c'est presque rassurant : les criminels sont partout et si charmants !

Sinon... des balades avec le chien Chaussette, un arrêt chez l'épicière, Valérie, qui sourit toujours. Mais attention ! Elle ne sourit pas niaisement, mais avec grande bonté, elle VOUS sourit et pour chaque client, c'est pareil. C'est une épicière au grand coeur qui fait crédit et note les dettes sur les pages presqu'illimitées de son cahier, une épicière qui jamais ne réclame ni ne bouscule l'endetté, qui sert avec autant de plaisir une salade ou une bouteille de champagne, accompagne le petit vieux vacillant jusqu'à la porte du magasin ou écoute sans s'énerver la liste des rhumatismes de la grosse Normande engoncée dans la crème fraîche.

Elle est ma Madone Normande, Valérie ! Un anti-stress, une philosophe heureuse. Comme Charlotte Brontoë qui disait "la vie est trop courte pour la passer à entretenir des ressentiments ou ressasser des griefs". Elle est d"humeur joyeuse tout le temps. Quelle politesse !

Sinon je lis vos mails dans ma campagne retirée...
Et je me régale toujours autant.
Vous m'envoyez des tonnes d'amour et on a beau dire, c'est bon !
Vous m'envoyez aussi des phrases (comme celle de Charlotte Brontoë), des titres de livres et de films, des petits compliments que je m'applique sur le bout manquant des ongles !

Jeudi soir, je vais rentrer à Paris parce que jeudi soir... c'est le premier épisode de la saison 3 de "Desperate Housewives" et ça je ne le raterai pas pour tout l'or du monde. Et juste après, ça va être le coup d'envoi de la Coupe du monde de rugby et ça non plus, je ne le raterai pas...

Le 14 septembre, je saurai aussi si mon fiston est reçu à son concours... Si j'ai eu raison de me lever TOUS les jours (sauf le dimanche !) à 6h30 pour le convoyer jusqu'au lycée où il s'enfermait pour devenir plus savant, plus réfléchi, plus aguerri face à la copie...
Et peut-être que d'ici là, j'aurai eu THE coup de fil de THE editrice...
et alors je vous dirai...

En attendant, je vais aller inspecter les mouettes pour apprendre à voler avec légereté et à me laisser porter par le vent et les événements !!

Je n'ai rien à raconter...

Et c'est pour cela que je me tais.
Je me souviens, un jour, d'un conseil donné par un journaliste radio américain à des journalistes radio français : "SI VOUS N'AVEZ RIEN À DIRE, NE LE DÎTES PAS".
Cette phrase m'est resté gravée dans la tête.

Il y a des phrases comme ça...
On ne sait pas pourquoi. On les lit une fois, deux fois et on se les imprime. Ce peut être des rengaines d'enfants ou des mots d'esprit. Il y en a des milliers qui circulent dans l'air et une petite vingtaine qui se dépose dans notre mémoire et y reste !

Comme :
"Jamais on n'aura vu, jamais on ne verra, la famille tortue courir après les rats...Le papa Tortue et la maman Tortue et les enfants Tortue iront toujours au pas !"
Si jeune et déjà ponais...
"Jaune comme le rire d'un ami devant votre succès" ( Balzac ). Celle-là, je l'adore. je m'endors avec elle comme avec mon Doudou quand j'étais petite.
"J'ai revu un ami, l'autre jour. Il avait tellement changé qu'il ne m'a pas reconnu." Tristan Bernard
"Voyons si DIeu n'existait pas, comment aurait Il un fils ?"
"J'ai décidé d'être heureux parce que c'est bon pour la santé" Voltaire.
Cette phrase, je l'ai écrite au feutre sur le mur de ma chambre !
"Est-il vrai que les gens maigres ont de l'esprit ? demandait un raseur à Marguerite Moreno. - Oui, mon gros !
Là, je m'esclaffe toute seule pendant une heure !

D'ailleurs, j'ai des amis qui m'envoient des phrases comme cadeaux.
Et des lecteurs et lectrices qui m'en envoient aussi...
Des mots que je mâchonne ensuite avec délice !

Donc ma vie est si monotone que vous allez vous endormir si je vous la narre ! Ah si ! Grande nouvelle : il y a moins d'embouteillages (les aoûtiens sont ENFIN partis !) et je mets moins de temps à faire le chauffeur.
Sinon je titube de fatigue et essaie de mener à bout la fin de mon roman...

Le chien Chaussette s'ennuie ferme. D'habitude, il passe juillet et août dans les rochers normands. Là, il fait la carpette à Paris. Du coup, il devient acariâtre, refuse de manger sa pâtée si je ne la fais pas réchauffer au bain marie, fait pipi dans la rue tous les deux mètres et demi (avant, c'était tous les dix mètres !), renâcle à monter à l'arrière de la voiture (il faut le porter) et s'installe alors de préférence sur le frein à main...
Il boude. Et je le comprends. L'air frais et salé de la Manche lui manque autant qu'à moi qui étouffe dans les pots d'échappement...

Mais bon...La fin du mois est en vue ! Terre ! Terre !
Et si ça se trouve, j'aurai fini le manuscrit et j'irai faire la fête partout, partout !
et alors... j'aurai plein de choses à vous raconter et vous vous esbaubirez en me lisant. Parce que, pour le moment, vous devez trouver ma vie platouillette !
Sorry...
Comme disait Arthur Koestler : "C'est décevant un écrivain : c'est comme si, après avoir mangé le foie gras, on rencontrait l'oie en personne"...

J'ai fini, j'ai fini, j'ai fini !

Hier...
J'ai envoyé le manuscrit par mail à l'éditeur.
750 pages.
Préparez vos biceps, vos triceps, vos quadriceps, des oreillers pour poser vos coudes si vous lisez au lit...

Vous auriez du me voir à la fin : j'écrivais au millieu d'un océan de livres, de documentation, de dictionnaires, de bananes, de pommes, de tablettes de chocolat noir, de notes sctochées sur le mur, de bouteilles d'eau, de théières de thé, la radio en sourdine (TSF jazz ou Radio classique selon l'humeur), de bonnes grosses chaussettes aux pieds, le cheveu gras, le museau mal lavé, et au milieu de tout ça, le chien Chaussette qui ne savait pas où poser son museau et choisissait le dictionnaire le plus gros pour caler sa truffe !
Ah ! Ce n'est pas sexy un écrivain qui écrit !

18 mois que je ne fais que ça !
Que je ne mets pas le nez dehors ou exceptionnellement...Quand il s'agit des enfants ou d'une obligation vraiment obligatoire ! Et chaque fois d'ailleurs, je partais soit avec l'ordinateur soit avec mes petits cahiers noirs sur lesquels je prends des notes. Je ne coupais JAMAIS le fil ! Tout me servait et tout alimentait les notes sur mes cahiers...
J'étais bien dans mon histoire. C'était bon, douillet, même quand je me grattais la tête pour chercher un mot, une tournure, un déhanchement d'action, un retournement à agencer...

Et c'est fini ! Et qu'est ce que je vais faire maintenant ?
J'ai hissé les dernières poutres et regarde mon ouvrage fini, le derrière dans l'herbe. Heureuse et triste que ce soit fini.
Je connais cet état post-livre. C'est terrible, je sais que je vais être triste, triste...
Que je vais avoir envie de reprendre le texte, de le triturer, changer un mot, couper une phrase, ça va me démanger et je le ferai... Jusqu'à ce qu'on me dise "STOP ! Ça part à l'imprimerie..."
Après, il y aura tout le reste : trouver une couverture, écrire la quatrième de couverture (le petit texte au dos du livre qui donne envie ou pas d'acheter...Très important, on peut y passer des semaines !), tester le titre (je l'ai en tête mais ne le dis pas encore...je le rumine !)... Bref, tous les "à côté" qui occupent, mais pas comme la fréquentation des personnages qui remplit de joie et d'émotion...

Je vais tourner en rond et tourner en rond...
Avant de renifler l'odeur du gros livre neuf qui sort de l'imprimerie, qui arrive sur ma table et que je regarde, attendrie !

Voilà...

Ah si... Je voulais vous redire que les caprices du mail continuent ! Qu'il y en a encore qui me reviennent avec "adresse inconnue" et que j'essaie en vain de renvoyer ! J'essaie et j'essaie et je renonce !
Je pense à Jules, 17 ans, qui m'a envoyé un mail trop mignon auquel j'ai essayé de répondre sans réussir !
Désolée, Jules, ce n'est pas ma faute à moi...
Merci à tous ceux qui m'écrivent. Vos courriels me remplissent de joie et me filent la pêche. Ils me tiennent compagnie et chaud au coeur. C'est un peu cucul la praline de dire ça mais bon... C'est vrai !

Un rendez-vous sur les ondes !

J'ai oublié de vous dire : mardi 24 juillet de 20 heures à 21 heures, je fais une émission sur France Inter.
Si vous voulez tendre l'oreille...