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Blog de Katherine Pancol

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Le divin I-phone... et mes humaines colères !

Oh la la ! Je suis en colère en ce moment.
Contre le monde. Pas contre tout le monde, mais contre ce monde qui nous fait devenir bourricots idiots. Qui nous berne et nous enveloppe de douceur trompeuse pour faire passer la pilule.

Ça a commencé pianissimo...

Cette semaine est sorti le I-phone. Vous savez ce nouveau téléphone développé par Apple et mis en vente chez Orange (après moult transactions financières...). On en parlait dans les journaux, sur les ondes des radios, les écrans de télévision. Il était là, il allait sortir, il allait nous apparaître dans la fulgurance de sa beauté, de sa nouvelle technologie. Et on allait se battre pour l'acheter... À un prix qui ferait honte à n'importe qui ayant encore trois grammes de décence dans la cervelle.

Et on a vu. Les queues dans la rue devant les magasins qui délivraient le divin objet. Les gens satisfaits qui ressortaient en se disant que maintenant, avec cet objet dans les mains, ils allaient pouvoir en imposer. S'imposer à tous les niais qui n'avaient pas acquis le dernier gadget.
On s'inclinait devant une chose qui allait nous départager. Tu l'as ou tu l'as pas, toi, le divin téléphone ?
Comme les gamins dans la cour de récré qui scrutent les marques chez l'autre et se détournent si le pauvre crotté n'est pas bardé de sigles de luxe. Tu n'as pas les bons signaux, tu n'es pas digne de devenir mon ami !
J'ai vécu cela avec mes enfants à qui je ressassais que ce n'était pas les signes extérieurs qui faisaient la richesse, mais la beauté et la force intérieures.
Bernique ! J'étais à côté de la plaque de l'époque et ils repartaient sans sigle sur la poitrine se heurter à l'indifférence de leurs congénères.

Les marques, les sigles, les objets sont devenus nos nouveaux amis, nos vrais patrons. Ils règnent sur le monde. Grâce à eux, on se fait une place dans la société, on est reconnu, accepté. D'ailleurs quand on parle du I-phone, on ne parle pas seulement de sa technologie, mais aussi de sa douceur, de son onctuosité, de sa texture. Comme le doudou d'un enfant. C'est notre nouvel ami, ce bel objet rond, doux, lisse comme un galet...
Et dire qu'on se moquait autrefois des fous qui parlaient à leur brosse à dents !

Il y a un an, j'étais à New York, et, dans le grand magasin Apple de la Cinquième Avenue, était dévoilé, enfin, le I-phone. C'était Noël. Les gens faisaient la queue devant la boutique Apple pour apercevoir l'objet posé sur un coussin de velours bleu roi dans un cube de plexiglas scintillant. La buée de leur bouche émerveillée faisait des tâches de révérence sur la paroi du cube. Ils s'inclinaient et ressortaient, enivrés de l'avoir "vu". Ils venaient de tous les coins des Etats-Unis tels des Rois Mages d'un nouvel âge faire la révérence à un objet couché dans un écrin de luxe !
Je regardais, désolée, les longues files de pauvres hères bernés qui attendaient sous la pluie, sous la neige d'avoir le droit de regarder cette nouvelle divinité.
S'incliner devant un objet ! Le comble de la misère humaine.

Et comme si cela ne suffisait pas à me faire tourner l'humeur pour toute la semaine, j'ai reçu un coup de gong qui a fait monter ma colère d'un cran.
Une copine m'a montré sa lettre de licenciement.
Vous savez comment on appelle aujourd'hui le fait d'être viré ? On dit "être candidat à la mobilité externe".
Chère Madame, on ne veut plus de vous, on vous rend votre liberté et vous allez ainsi pouvoir être "candidate à la mobilité externe"...
Vous êtes libre d'aller proposer vos services ailleurs...
On fait semblant de vous ouvrir un avenir sans rien dedans.
La belle affaire ! Non seulement elle est virée, mais en plus, on l'embrouille avec des mots escrocs, on la roule dans une farine d'illusions qui ne la trompe guère et la laisse, vidée, bredouille, à boxer du vent.

Enfin, ce matin, perdue dans mes éructations, j'écoute à la radio une émission très savante où l'on parlait du coût de la vie, de comment les gens n'arrivent plus à joindre les deux bouts. Le sociologue interrogé (il y en a toujours un de service qui débat doctement de problèmes qui ne le concernent pas vraiment !) disait que le problème du logement venait du fait qu'il y avait de plus en plus de "candidats à la dé-cohabitation".
Quésaco ?
En clair : de plus en plus de gens qui divorcent et donc cherchent un logement.
C'est sûr qu'être "candidat à la dé-cohabitation", ça sonne moins douloureux que "divorcé". Divorcé, ça tord le c½ur et les entrailles, ça vous entre dans la chair comme un coup de couteau. Dé-cohabiter, c'est plus doux, plus lisse, plus "amical". On flotte dans des syllabes barbares mais floues... On repousse la douleur. Jusqu'au jour où elle vous tombe dessus, un petit détail qui la met en lumière, qui la "réalise" et on finit KO debout...

C'est quoi ce monde qui nous roule dessus et nous berne avec la bénédiction d'une nouvelle technologie ou d'un nouveau langage ? Qui veut nous rendre malentendant, malvoyant, privé d'agilité motrice, au lieu de sourd, aveugle, fait aux pattes ?
Ce monde qui repousse la douloureuse réalité pour nous enfermer dans un cocon louche de mots ou de gadgets consolateurs.

C'est sûr qu'avec l'I-phone dans la main, on se sentira pousser des ailes vers la mobilité externe ou la cohabitation à nouveau possible.
Mais on en fait quoi de la douleur ? On la cache sous le tapis ? On va s'asseoir, vaincus, au coin de la rue ?
Ou on continue d'avancer vaillamment.
Parce qu'on est des humains et qu'on ne peut s'empêcher d'espérer malgré tout qu'un jour, ça va s'arranger... Tant qu'on a de l'énergie. Parce que comme disait William Blake et me l'a rappelé une lectrice amie, "l'énergie est une source éternelle de joie".
Mais pour combien de temps encore ?
L'énergie et la joie...

Voilà c'était mon "dies irae".
Sinon ?
Ça va.
En cette "période de fêtes"...
Comme on dit.



Bonne fête !

À toutes les Catherine !
Et à moi aussi...

Alors quinze jours sans nouvelles ...parce que je suis devenue une grosse paresseuse ! Depuis que j'ai arrêté d'écrire tous les jours, dix heures sur mon "ouvrage", je me traîne comme une grosse loche débordée par le moindre papier à remplir, le téléphone à soulever ou la gamelle du chien à remplir !
Je ne fais plus rien et baille dans le vide en m'éventant mollement !

C'est fou, ça ! Quand on s'active à cent mille à l'heure, il nous reste encore du temps pour faire cent mille autres choses et quand on gît, les orteils déployés, on n'a le temps de rien et une petite vaguelette nous renverse.
Je plains les femmes oisives. Elles doivent vite être déprimées...
Notez, c'est ce qui arrive au personnage d'Iris !
Oh la la ! Je sens qu'il va falloir me retenir pour que je ne vous raconte pas tout le livre tout de suite !
Il va falloir attendre le mois de mars...
Est ce que je vais rester couchée jusqu'au mois de mars ?
Peut-être pas !

Alors je me suis dit qu'il fallait que je me reprenne et je suis partie avec une copine faire le ménage dans ma cabournette au bord de la mer. L'hiver arrivant, les araignées s'en donnent à coeur joie et Dame Poussière, ignorant le Plizz, dépose son voile blanc sur les meubles ( en plus, je me mets à produire du cliché à la pelle !!).

Nous sommes donc parties, Corinne et moi, à l'assaut de la saleté et nous avons passé dix, vingt, trente heures à briquer, laver, cirer, brosser, essuyer, torcher en mettant des disques de Johnny, de Chuck Berry, en hurlant "Que je t'aime" aux nuages de poussière qui flottaient dans la pièce et filaient vers la fenêtre sous nos coups de torchon ! Go, Poussière, go !

On a ri, on a chanté, on a mouliné, on a fini les reins cassés en mangeant des boules de gommes, des Kinder Bueno et des M&M, affalées devant la télé, le soir, le chien Chaussette nous léchant les doigts sucrés.
N'empêche qu'on était fières : la maison brillait comme sur une pub pour Mister Propre ( à propos de Mister Propre, il vend des éponges géniales pour effacer la saleté ! Un peu trop abrasives peut-être, à éviter sur les meubles cirés, mais sinon... un miracle !)

Il faisait beau, l'air sentait bon le sel et le varech, le chien Chaussette veillait et la mer avait cette couleur d'huître laiteuse qu'elle a parfois quand elle remue le fond sablonneux. Chaque soir, après avoir avalé un sac de sucreries infâmes, on se prenait des aspirines pour éviter les courbatures du lendemain et on dormait à poings fermés, épuisées !
Corinne établissait la liste des taches à accomplir le lendemain, j'approuvais et nous sombrions sous l'édredon, chacune à un bout de la maison, en écoutant le vent qui soufflait dans les arbres et en se sentant bien au chaud sous l'épaisseur des couettes et des couvertures.
Un vrai bonheur simple comme une tartine de beurre !

Hé bien ! Tout cela fut très satisfaisant. Comme lorsque je clos un chapitre ou trouve une tournure de phrase qui me ravit. Là, je regardais ma maison étincelante et j'étais enchantée. Je me voyais bien en "petite maison dans la prairie"...

Rentrée à Paris, j'ai filé à la journée de signature à la mairie du XVI ème où vous êtes venus très nombreux et où j'ai pu enfin mettre une image sur des émissaires de mails. C'est vrai : on s'écrit, on se parle et moi, je ne connais pas votre bobine ! Alors c'est bien de vous voir enfin et de coller une photo sur les mots.
Je vais vous dire un truc : je trouve que vous êtes formidables et j'aime écouter les histoires que vous me racontez par dessus les piles de livres... Histoires de vos vies, de vos amours, de vos chagrins. Des histoires souvent renversantes ! J'ai envie de m'éclipser avec chacun de vous, d'aller prendre un café et de vous écouter, vous écouter... il y a aussi les timides qui n'osent pas approcher et tournent autour de la table comme si je ne les avais pas remarqués ! Parfois, ils osent et se lancent, parfois ils repartent, les épaules en dedans, et je suis triste...

J'étais coincée, dans la grande salle de la mairie, entre Françoise Dorin et Roger Hanin. Un peu plus loin, il y avait Gérard Lenorman, Jacques Attali, Gérard de Cortanze, Bernard Debré, Alix de Saint-André...
Bref, il y avait un paquet d'"écrivains" serrés derrière des mètres de tables et qui avaient juste assez de place pour lever le coude et signer !

Le pauvre Roger Hanin avait l'air perdu. Il était assis comme un trophée sur sa chaise. Il n'entend plus très bien, pose un regard absent sur la foule, hausse un sourcil comme s'il soulevait une tonne de fonte. Les gens venaient regarder le fameux commissaire Navarro, lui reniflaient les narines et repartaient en parlant de lui comme d'une marchandise. Il bougonnait et n'est pas resté longtemps. Gérard Lenorman avait beaucoup de succès et les dames le contemplaient, l'oeil mouillé en serrant son livre sur leur large poitrine. Jacques Attali signait très sérieusement son ouvrage sur Ghandi... Grâce de Capitani haranguait le chaland en mini-jupe derrière sa table et faisait signe aux plus timorés de s'approcher. Elle promettait de leur parler d'amour et des anges...

C'est drôle, ce genre de réunion. Cela ressemble plus à des foires à bestiaux qu'à des fêtes du livre. On est là, posés derrière nos tables, et les gens nous dévisagent en murmurant entre eux...
Mais pas vous ! Vous, vous êtes des lecteurs ouverts, amicaux, attentionnés, courageux...
Et je ne dis pas ça pour faire brosse à reluire et compliment facile. Je le vérifie à chaque fois !

Sinon donc je lambine...
Je bouquine...
Je cherche encore quelques passages à couper dans le manuscrit décidément très très joufflu. L'éditeur s'arrache les cheveux, le livre va être trop gros, comment vont faire les lecteurs pour le transporter dans le métro ! Aujourd'hui quand on parle de littérature, on enchaîne avec RATP et RER... Prix de vente et prix de revient. Je résiste, je résiste et en appelle aux haltérophiles de France !

Aujourd'hui, donc, c'est dimanche et c'est la Sainte-Catherine. Quand j'étais petite, Sainte Catherine Labouré me tapait sur les nerfs. On me racontait sa vie à chaque nouvelle fête et je la trouvais insipide. Aujourd'hui, il faudrait que je la relise mais je ne sais pas si elle a inspiré beaucoup de biographes. Ce n'est pas Marylin ou Jackie O... C'était une humble religieuse perdue dans un couvent, si je me souviens bien ! Il faudrait peut-être que je révise ma vie des Saints !
Allongée sur mon canapé, les doigts de pied en éventail...






Faire rien... ou Farniente !

Ce que je fais en ce moment ? RIEN.
Je suis une bulle qui bulle et bulle et bulle.
Un bubble-gum rose et réjoui !

Ne rien faire ! Mais c'est un art, finalement. Il ne faut pas laisser le temps passer sans le remplir un peu parce que sinon, à la fin de la journée, on est écoeuré comme si on avait trop mangé ! C'est bizarre...

Alors je marche beaucoup...
Avec le chien Chaussette qui est enchanté de ce nouvel emploi du temps consacré au déroulement de ses quatre pattes légèrement ankylosées quand j'écrivais, j'écrivais...

Et j'essaie d'analyser le bonheur de ne rien faire...
Exemple (j'adore donner des exemples concrets !) : l'autre jour, j'avais un rendez-vous pour déjeuner à l'autre bout de Paris. C'était une de ces matinées enchantées où le soleil pointe juste ce qu'il faut pour nimber l'atmosphère d'une chaleur un peu froide mais douce qui réchauffe la pierre jaune des immeubles parisiens... J'étais dans l'autobus. j'avais mon téléphone-radio dans l'oreille et j'écoutais Radio Classique, bien au chaud dans mon autobus qui m'emmenait au Trocadéro, le long de la Seine, au pied de la Tour Eiffel, sur le Champ de Mars et je me disais " c'est ça, le bonheur, cette harmonie parfaite entre le soleil, la musique, Paris et le sentiment d'avoir bien travaillé et d'avoir rendu ma copie !" Je profitais, je ronronnais dans l'autobus, j'avais envie de sourire aux passagers, de chantonner ma petite musique dans la tête, de la faire passer à tous les gens grogons assis autour de moi... La vie est belle, la vie est belle ! D'ailleurs, parfois, quand ce sentiment de bonheur minuscule parfait m'étreint, je chantonne dans la rue, esquisse trois entrechats et me moque éperdument du regard des frileux étonnés par tant de joie de vivre !
Donc je savoure les petits moments de bonheur...
Je lis le grand Balzac ("Splendeurs et misères des courtisanes" !). Je l'ai acheté exprès en livre de poche pour l'emporter partout avec moi... Je redécouvre l'état où j'étais quand je l'ai lu la première fois et cela me fait drôle ! On ne lit jamais pareil. À 20 ans, 30 ans, 40 ans... ( Je m'arrête là !!!). À chaque fois, on voit des choses différentes et c'est un délice renouvelé !

Je prends le temps de tout regarder, de tout observer, je m'arrête pour parler avec une dame qui a perdu son chien ou une autre qui mange un bout de baguette chaude en parlant de l'autre baguette pas chaude de l'autre boulanger ! Ah ! La place de la nourriture en France !
Et la semaine prochaine, je pars voir mes petits in England ! Le coffre plein de victuailles, de petits plats cuisinés, de chaussettes chaudes, de moufles, de bonnets, de gros pulls, de bons pains complets, de miel, de confitures ! Ils sont affamés car pas encore habitués à la médiocrité de la nourriture anglaise ! Et frigorifiés car là-bas, on chauffe peu !
On va se retrouver tous à London ! Aller au théâtre, au ciné, traîner dans de petits salons de thé, se parler, se toucher le nez, se manger les oreillles, retrouver nos rites et nos phrases sacrées : "qu'est ce que tu fous à Brique ?" pour "qu'est ce que tu fabriques ?"...

Autre chose : le samedi 24 novembre, je fais une signature à la mairie du XVI eme arrondissement de 14 heures 30 à 18 heures. Alors si vous voulez venir me serrer la pince, vous êtes les bienvenus ! Et on pourrait même aller boire un petit café après... Histoire de faire connaissance et de se toucher le nez !

Allez, je vous quitte, le chien Chaussette est allé chercher sa laisse et me montre la direction de la porte en grognant. Il faut sortir ! Aller écouter Mozart et Brahms dehors pendant qu'il arrose, tous les dix centimètres, le pavé de Paris !

London, Louis Jouvet, Paul-Emile Victor et Victor Hugo !

Ça y est ! Je suis revenue de London où j'ai vu mes deux petits !
Ça fait tout drôle de voir ses enfants devenir adultes. Pour moi, ils sont encore mes "bébés" et je les vois vivre en indépendants ! Et dans une autre langue, en plus !
En deux mois, ils sont devenus totalement bilingues...
Ça va vite à cet âge-là !

Dieu que la vie est chère à Londres !
Un exemple : ma fille partage un appartement avec une copine. Un petit deux pièces dans un quartier pourri (pourri mais sympa !!). Deux chambres et une cuisine dans un immeuble qui ressemble furieusement à un squat... hé bien, elle paie 1300 euros par mois ! Et sans les charges ! Résultat des courses : elle court de petits boulots en petits boulots, allume une seule ampoule, peste contre le métro toujours en panne et les bananes hors de prix ! Les légumes et les fruits sont au prix du caviar russe et quand j'ai eu l'audace d'attraper une banane sur la table de la cuisine, elle s'est exclamée "mais Maman, c'est LA banane de Lola !" Comme si j'avais rapté un menu complet !
Un ticket de métro deux zones pour UNE journée : sept euros !
J'arrête là parce que sinon je vais vous donner le tournis !
Alors c'est vrai que les salaires sont plus élevés qu'en France mais quand même...
Il en faut des petits boulots pour joindre les deux bouts et ma fille vire à l'anémique fantôme !
Cela dit, à 20 ans, je faisais la même chose à Lausanne et mon budget bouffe à partir du 15 du mois se limitait à 50 francs ! Je mangeais des pâtes et des fromages car cela remplissait bien et j'ai survécu. Bourrée de boutons, mais en vie ! On appelle ça l'école de la vie et elle est pas mal aussi !

Il faisait beau, j'étais arrivée avec des Tupperware de plats délicieux, des litres de bon vin rouge, des fromages, du bon pain, des saucissons, des paquets de riz complet, (plein de vitamines !!), des Fervex, de l'aspirine, de l'homéoplasmine, des romans de Balzac (pour qu'ils n'oublient pas le français !!). Le coffre de la voiture ressemblait à une épicerie et j'ai distribué mes victuailles aux affamés !

On est allé voir une belle expo sur Louise Bourgeois à la New Tate Gallery, on a marché le long de la Tamise, diné dans des petits restos italiens ou indiens (les seuls abordables !), on a traîné aux Puces, traîné dans un club de jazz et on a papoté comme des fous !
J'ai commencé à prendre des notes pour un prochain livre...

C'est incroyable d'ailleurs ! Je m'étais dit : je me donne trois mois de vacances, je ne fais rien, je répare ma scoliose, j'aère mes poumons, je dors, je dîne, je lambine... Hé bien, au bout de quatre semaines, l'envie d'écrire revient au galop ! C'est plus fort que moi, c'est l'impatience de la vie qui reprend le dessus et me donne envie de l'épingler !

À propos de la vie, une lectrice m'a envoyé une très belle phrase de Paul-Emile Victor :
"Vivre, c'est se réveiller la nuit dans l'impatience du jour à venir, c'est s'émerveiller de ce que le miracle quotidien se reproduise pour nous une fois encore, c'est avoir des insomnies de joie."
Je la trouve magnifique, cette phrase !

Elle provoque en moi une poussée de nostalgie. Je me dis "il y eut un temps où on pouvait se réveiller impatient que le jour arrive..." Afin de faire quelque chose de beau, de grand, de surprenant. Aujourd'hui, j'ai l'impression que tout le monde s'emploie à faire du "laid", du "violent" et je me sens comme une petite tortue réfugiée sous sa carapace !!

Enfin...
Je ne vais pas radoter...

La petite tortue, je vous le rappelle, signera LE SAMEDI 24 NOVEMBRE à la mairie du XVI eme arrondissement.
J'ai demandé l'adresse exacte pour vous faciliter la tâche :
71 avenue Henri Martin, métro : rue de la Pompe...
À PARTIR DE 14 HEURES 30...

Sinon, vous me demandez beaucoup ce que je lis en ce moment...
Je lis toujours "Splendeurs et misères des courtisanes" mais j'ai entrepris aussi un livre sur le théâtre de Louis Jouvet , "Réflexions du Comédien", trouvé à la FNAC et je dois dire que je me régale... C'est drôle, intelligent, érudit et simple comme une manche de chemise !
Exemple : à un moment, Jouvet se demande si on peut être pour ou contre Victor Hugo tellement il a été à la fois encensé et décrié, certains disant qu'il était géant d'autres affirmant qu'il était juste c.. Alors Jouvet s'insurge et dit "La question n'est pas là. Personne ne songerait à vous demander : - Êtes vous pour ou contre le Mont Blanc ? - Le Mont Blanc existe, voilà tout !"

Et je trouve qu'il y a plein de choses et de gens à qui on pourrait appliquer cette dialectique. Ils existent voilà tout et il n'y a rien à faire tellement ils sont évidents, qu'on aime ou qu'on n'aime pas !

Hasta luego, amigos !

TVA sur la mauvaise humeur...

Cette nuit, j'ai fini à six heures du matin...
Exsangue, éperdue, étonnée !
Tout relu et relu et relu. Je trouve toujours des corrections à faire, des détails qui font tache et qu'il faut ajuster ! Quel travail ! Douze heures par jour sur le métier à remettre mon ouvrage ! Plus de temps pour le reste...
Mais ce matin, le manuscrit est parti à la composition. Des correcteurs vont le relire, un crayon à la main, peser chaque mot, traquer l'invraisemblance, la faute de français, les redites... Et il faudra tout reprendre à nouveau.
Un livre n'est jamais fini. On veut toujours le corriger, l'améliorer. On aperçoit un ourlet défait, une pince ouverte, une longueur qui gondole...
Ma grand-mère paternelle était couturière et il m'arrive de penser à elle quand je reprends cent mille fois le manuscrit. Elle s'appelait Marguerite et était intraitable. Elle habillait les jeunes filles de bonne famille d'Aix en Provence... Et c'est ainsi qu'elle mariait ses fils !
Elle disait qu'une robe devait être évidente. Apparaître comme par enchantement, ne rien révéler des longues heures de travail qui l'avaient précédée. Elle disait que c'était la moindre des politesses.
Hé bien, il y a de la couture dans un manuscrit ! Le livre doit couler, enchanter, poser des pépites de pensée, mine de rien, courir, courir et soulever des questions, des espoirs, des débuts de solution. De manière invisible !
Proust affirmait qu'un livre qui affichait des théories était comme un cadeau sur lequel on aurait laissé le prix !

Sinon je porte le deuil de l'équipe de France de rugby. J'étais si triste, si désemparée, si impuissante devant cette équipe qui ne joue bien que lorsqu'on la conspue ! C'est fou ce que les Français aiment la fange ! Ils s'y roulent, enchantés, et dès que pointent les lauriers, ils se débinent ! Le succès effraie. La polémique ravit.

Tout est problème. Entendez-vous les cris d'hystérie que provoque ce pauvre Guy Moquet ! On ne parle plus que de lui, on se réunit, on s'empoigne, on se crêpe le chignon, on ergote ! Que d'énergie perdue ! Et si au lieu de râler, on riait, on éclatait de rire, on se décrochait les mâchoires, on irradiait la planète de bonne humeur...

J'ai un rémède infaillible pour redresser le budget de la France : une taxe sur la mauvaise humeur ! Les caisses de l'Etat se rempliraient aussitôt et il n'y aurait plus de trace de déficit...
On ne fait pas, on discute et à force de discuter, on perd la tête et on s'égare. Pendant ce temps, le monde tourne, tourne...
Bon, j'arrête de râler sinon je vais être taxée, moi aussi !

Ps : Vous connaissez la dernière du chien Chaussette ?
Un lecteur adorable m'a envoyé une tortue en peluche. Une belle tortue plus vraie que nature. Je l'ai posée sur le parquet près de la cheminée et baptisée Sidonie. Hé bien ! Le chien Chaussette se tapit face à Sidonie et grogne, grogne, montre les dents, racle le sol, fait des ronds autour d'elle, s'élance pour l'aplatir, se retient... Elle ne bouge pas ! Il ne lui fait donc pas peur ? Quelle force d'âme, cette chélonienne ! Elle doit être redoutable... Alors il se replie, se roule face à sa carapace, gémit "tu veux être mon amie ?" Elle ne moufte pas, il s'énerve et reprend sa danse de guerrier devant la tortue placide !
ET IL DÉLAISSE MES RIDEAUX ! J'ai retiré les bassines d'eau...