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Blog de Katherine Pancol

Une fille, un livre !

Je suis de plus en plus fan de Laure Manaudou.
Scotchée à ma télé pour tenter d'apercevoir le bout de son bonnet dans les lignes chlorées de Melbourne.
Je voudrais que ces championnats durent toujours, qu'elle s'attaque à tous les records. J'irais près du bassin la chronométrer !

Sinon, j'ai lu UN livre ! D'habitude, quand j'écris, je ne lis jamais. Ou des bouts de des bouts de poèmes, des bouts de romans que j'ai lus cent fois, et même des bouts de prospectus de dentifrice ou de chaîne Hi-fi.
Je suis comme Laure, concentrée genre barre de fer, sur mon ouvrage et personne ne peut m'approcher. Sinon je dégaine et assomme !
Impossible de me distraire, impossible de lire ou alors lors d'un long, long voyage en train.
Or ne voilà ty pas que l'autre soir, j'attrape un livre au hasard sur la pile qui vacille près de mon lit.
Une belle couverture, un beau titre "Des filles qui dansent" (éditions Albin Michel) et je me lance Je me dis je vais lire une demi-heure juste avant de m'endormir.
Il devait être 23h35 et je me félicitais de me coucher si tôt.
RATÉ !
Quatre heures plus tard, je lisais toujours, enchantée par la langue de Stéphane Hoffmann, son humour, son écriture simple, belle, drôle, élégante, sa description d'un milieu de méchants et doux Français dans la région de La Baule.

C'est l'histoire de
Je déteste raconter l'histoire d'un roman parce qu'un bon roman, ce n'est pas UNE histoire mais UN style.
Je préfère donner des envies de lire.
Alors, je vous offre, pour vous appâter les premières phrases :

"Je suis né maigre et je n'ai pas pleuré. Si j'avais eu des dents, je les aurais serrées. Si j'avais su ce qui m'attendait.
Ce qui m'attendait ? Rien, justement. Ni personne. Mon père ? Un ouvrier. Comme mon frère, quoi qu'il en dise. Ma mère travaille à la Poste. Et ma sur roule en mobylette".

À ce stade, vous vous demandez si vous n'allez pas vous lever pour aller chercher votre porte-monnaie
Alors, je continue, avec le frère du narrateur

"Et Jacky prend son air.
Un jour, on le croise avec une fille. Le dimanche d'après, il vient avec. Pas mal, dans le genre décoratif. La voix un peu forte, un vrai carillon. À table, quand elle demande le sel, tout le monde sursaute, les vitres tremblent, le chien aboie dans le jardin, les lapins s'agitent dans les clapiers. Jacky nous l'a amenée comme, au printemps, il nous a montré sa R8. Sans plus. Pour avoir la paix. Ah ! mais pardon, c'est qu'on en parle dès le dessert :
- Alors, c'est pour quand la noce ?
Tête de mon frère. La Marie Caroline se dandine, glousse qu'elle n'a pas encore eu sa demande.
- Bah ! T'en fais pas, ma jolie, dit mon père en se levant pour chercher le kirsch. Chez nous, on est des hommes d'honneur, on laisse jamais les belles jeunes filles dans l'embarras. Pas vrai, maman ?
Ma mère regarde Jacky d'un air attendri. Si elle pense à quelque chose, c'est à la robe qu'elle mettra le jour du mariage. Et si mon frère pense à quelque chose, c'est qu'il vient de se faire baiser bien profond."

Il y a donc le père, la mère, le frère et le narrateur d'un côté.
Et la haute bourgeoisie locale de l'autre.
Au milieu : Roméo et Juliette qui essaient de ne pas se noyer.
Stéphane Hoffmann réussit le tour de force de nous raconter l'éternel histoire d'un garçon qui rencontre une fille en y mettant de l'humour, du style, des émotions et de l'air iodé !
La lutte des classes sur le sable bien élevé d'une plage bretonne.
De temps en temps, c'est Pagnol, puis Dallas, puis Pagnol again, un petit tour chez Giono, un autre du côté de Salinger et de l'Attrape-curs Ça se veut léger parce que l'auteur est bien élevé et planque ses messages sous de beaux coquillages, mais ça vous prend aux tripes.
Bref, vous commencez tranquille à onze heures 35, à quatre heures et demie du matin, vous ne dormez pas et vous ne dormirez plus !

Encore un petit morceau de gâteau pour le dessert :

"Pendant le déjeuner, elle n'a pas cessé de parler. Comme je ne savais pas quoi dire, je lui ai juste demandé ce qu'elle voulait faire de sa vie. Comme ça. Pour voir. Ça m'intéresse toujours : l'ambition de nous organiser une vie à nous, je ne vois que ça pour nous différencier des animaux, nous les hommes. Une vache ne veut pas sortir de sa condition, un tigre non plus. Un homme, oui. Du moins un homme comme je l'entends : faire mieux, faire plus, faire autre chose. Essayer, au moins. Mon père se hait de n'avoir pas essayé. Mon frère a essayé avant de se faire rattraper par sa bonne femme. Ma mère n'essaie rien, peut-être parce qu'elle est belle et qu'elle ne voit pas ce qu'elle pourrait faire de mieux que sa beauté. Moi, j'ai réussi le plus dur : partir de chez moi".

Ce n'est pas un résumé de la condition humaine, ces lignes ?